Sud-Kivu : Pourtant illégale, des filles mineures données en mariage suite à la pauvreté

Sud-Kivu : Pourtant illégale, des filles mineures données en mariage suite à la pauvreté

Dans certains quartiers pauvres de la ville de Bukavu, en province du Sud Kivu, des filles mineures de 15 et 17 ans cohabitent dans des ménages avec des hommes. Cette pratique est pourtant illégale en République Démocratique du Congo. Une pratique dénoncée par des défenseurs des droits humains. Le cas le plus typique est celui de la ville de Bukavu en province du Sud-Kivu.

On compte plusieurs centaines de jeunes filles mineures dans les quartiers Mulwa et Cikonyi en commune de Bagira. Dans ces coins, des filles mineures cohabitent dans des ménages. Leurs parents, souvent pauvres, assistent de manière impuissante ces unions contraires à la loi en République Démocratique du Congo.

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« Jai encore mes deux parents mais je me suis mariée parce qu ils ne me garantissait pas la bonne vie. Je sortais avec le garçon, celui qui est devenu mon mari et javais déjà sa grossesse. Mes parents l’ont obligé de me doter, il l’a fait et il ma amené chez lui. Une seule difficulté est que nous vivons dans une même maison avec mes beaux-parents. Cétait à lâge de 17ans que je me suis mariée , la belle mère vient me commander dans ma maison, elle me dit que je suis trop petite je ne peux pas lui donner des ordres», témoigne Faida (nom d’emprunt) jeune mariée au quartier Mulwa .

Ajibu ( nom d’emprunt), habitante dans l’une des avenues du quartier Cikonyi, fait savoir qu’elle sétait mariée par pression de ses parents.

« Je navais pas voulu me marier à 17 ans, ce sont mes parents qui mont poussé à men aller. Les hommes qui venaient me chercher avaient de l’argent et mes parents se laissaient emporter par leurs dons. De fois quand un garçon vient, sil ose narrer sa vie à l’un de mes parents, ça devient une influence. Quand il y a pareille situation, ma maman mappelle en me disant: “Tu vas nous faire rater l’occasion davoir une bonne dot avec un bon fils capable de nous nourrir’’. Cest là que jétais obligé même d’abandonner mes études et je suis partie chez le garçon pour m’éviter des problèmes avec les parents. », révèle-t-elle.

« Les difficultés que j’éprouve depuis que je suis mariée, cest d’abord des menaces d’avortement. Il suffit seulement que je sois malade, le risque d’avorter est gros. Avec une seule naissance, je me sens toujours ne pas supporter le foyer », renchérit-t-elle.

Plusieurs acteurs sociaux et défenseurs de droit de la femme condamnent fermement ces actes.

Valentin Safari, vice-président de la société civile noyau de Ciriri regrette la persistance de cette pratique. Il dénonce la complicité de certains parents qui, pour fuir leurs responsabilités, poussent leurs enfants à cohabiter avec des hommes.

« De nombreux parents sont complices. Vu la précarité, ils utilisent leurs filles pour quils trouvent de largent. Souvent on force la fille à se marier à cause de la richesse de l’homme. Le manque d’encadrement de la fille à bas âge fait partie des raisons», indique Valentin.

Masumbuko Bahaya, défenseur des droits de l’homme du milieu, évoque également l’ignorance des droits des femmes et filles. Celui-ci prouve que certains parents ne sont parents que quand il y a activité à la maison mais ne savent pas quand il faut éduquer et quand il faut se marier. Pour pallier ce problème, il prône une sensibilisation et la prise en charge de la jeune fille.

Joint à ce sujet, Fiston Gwanywamulume, psychologue clinicien de son état, affirme qu’en se mariant avant lâge, la fille est la principale perdante puisqu’elle nest pas encore apte à certaines choses du foyer.

«Le risque est gros pour ces filles qui deviennent mamans en âge scolaire. Il n’y a pas de jouissance pour elles. Elles se plaisent seulement à se marier cest pourquoi nombreuses d’entre elles sont marginalisées, maltraitées par leurs belles mères. Cela développe chez elles, des troubles psychologiques, psychiques, des stress et autres», explique-t-il.

Jacqueline Ngengele, Cheffe de division du genre, famille et enfant au Sud Kivu, s’en prend aussi à ces pratiques et condamne le silence des autorités judiciaires qui devaient trouver une loi stricte qui punit directement les auteurs de ces mariages qui ne plaisent pas toujours la communauté.

« Nous regrettons la recrudescence des cas de mariages précoces et de violences sexuelles. Nous invitons des organisations, qui travaillent dans la lutte contre ces mariages en province, à nous communiquer des cas afin que nous ayons des statistiques et prendre des mesures. Il faut que le ministère chargé de l’emploi et prévoyance sociale joue aussi son rôle pour garantir à chaque citoyen un travail pour diminuer ces mariages à bas âge », conseille-t-il.

Geneviève Mizumbi, ministre provincial de l’éducation au Sud Kivu, affirme que des stratégies sont en train dêtre prises pour protéger la jeune fille et sauver son éducation.

« Nous ne croisons pas les bras dans notre ministère. Nous réfléchissons sur des stratégies à mettre en place pour que chaque enfant soit éduqué. Les parents aussi devraient éviter de mettre au monde les enfants dont ils seront incapables d’éduquer et qui deviennent un fardeau pour la communauté », a-t-elle affirmé.

Face à cette situation, les juristes pensent quil faudrait protéger les filles victimes de ces actes en punissant les auteurs qui poussent ces filles à se marier précocement.

Comme les précédents, Me Aimé Bon Berger, avocat et défenseur des droits humains, estime que les mariages précoces sont à la base de plusieurs défis, d’où il faut une implication de toutes les parties dont, les acteurs sociaux, les ONG et le gouvernement pour éradiquer ces derniers.

« Ces mariages freinent l’indépendance financière des jeunes filles. En effet, une fois mariées, elles deviennent financièrement dépendantes de leurs maris. Elles ne reçoivent ni éducation ni encouragement à devenir financièrement indépendantes. Cette situation peut conduire à des manipulations et des abus de la part de leurs maris. Parce que les mariages précoces et forcés entravent le développement des jeunes filles, il est important de s’opposer pour mettre fin à cette pratique par le biais de différentes mesures. Le gouvernement devrait établir des lois plus strictes pour protéger les droits des femmes et des enfants. Des campagnes de sensibilisation autour des conséquences de ces mariages seraient aussi un moyen de faire connaître aux jeunes filles leurs droits. Des acteurs tels que les ONG, peuvent jouer un rôle essentiel dans ces campagnes, notamment grâce à leur capacité à faire pression sur le gouvernement afin que celui-ci s’assure que les lois et les droits des enfants sont respectés.», explique-t-il.

Bon Berger Aimé regrette de voir qu’en RDC, les lois sont établies mais elles ne sont pas mises en application. Il évoque la loi de 2006 sur les violences sexuelles qui interdit ce genre des pratiques malgré que certaines personnes continuent à occasionner ces mariages. Me Aimé regrette cependant de voir qu’on n’a jamais vu punir un seul homme ou une femme qui facilite cela.

Pacifique Mulemangabo, JDH

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La Rédaction JamboRDC

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