Bukavu : réactions croisées autour du débat sur la révision et/ou changement de la Constitution en RDC

Le débat autour de la révision et/ou changement de la Constitution refait sur face dans l’espace public en République démocratique du Congo, alors que la guerre fait rage dans l’Est du pays et les priorités nationales semblent ailleurs. Si certains membres de l’opposition, de l’Union sacrée de la nation ou encore de la société civile optent pour la révision ou le changement de cette loi fondamentale, les autres membres sont contre cette démarche.

Ce bras de fer est observé alors qu’une crise multidimensionnelle se vit en République démocratique du Congo. Entre partisans d’une adaptation du texte fondamental et défenseurs du statu quo, la question divise jusque dans les rangs de la majorité au pouvoir.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

Pendant que ces velléités de révision ou de changement, portées par certains cadres de la majorité au pouvoir sont commentées, les habitants de la ville de Bukavu (Sud-Kivu) ont exprimé leur scepticisme, pointant du doigt les problèmes de gestion plutôt que des textes juridiques.

« La révision de la Constitution est d’abord garantie par la Constitution elle-même, mais par rapport aux circonstances dans lesquelles nous sommes maintenant l’initiative n’est pas bonne. La personne qui est en train de vouloir changer la Constitution, bientôt il va être hors mandat, donc s’il veut changer ou modifier c’est-à-dire qu’il veut se maintenir au pouvoir, » confie un habitant.

La révision ou le changement de la Constitution n’est pas prioritaire actuellement. Selon une autre habitante de la ville, la solution du problème sécuritaire à l’Est du pays est capitale et doit être prise en urgence: « Il n’y a pas vraiment une urgence par rapport au changement de la Constitution,» estime-t-elle.

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Cette habitante pense qu’on devrait plutôt parler ou revoir les vraies questions urgentes : « Quid par exemple de la guerre à l’Est, ici à Bukavu ? Pourquoi mettre toujours au premier plan le changement de la Constitution. Il y a la guerre socio-économique, la famine, les questions environnementales (nos villes sont très sales), tout ça, ce sont des problèmes auxquels le gouvernement devrait réfléchir pour mettre le peuple congolais en sécurité,» ajoute-t-elle.

Cette démarche prônée par certains acteurs politiques du pays n’est la bienvenue confie une autre habitante de Bukavu. Pour elle, la modification voire même le changement de la Constitution ne résoudra pas les problèmes sociaux.

« Le fait de demander qu’on puisse modifier la Constitution ne sera pas la solution pour résoudre les problèmes. Je pense que le problème c’est dans les têtes de nos dirigeants,» souligne-t-elle.

En effet, plusieurs membres de la plateforme politique de l’Union sacrée de la Nation se sont déjà prononcés en faveur de la révision ou du changement de la Constitution, du côté de l’opposition, c’est la colère. Elle dénonce une démarche qu’elle qualifie de suicidaire dans un contexte de guerre, marquée par une administration parallèle à l’Est du pays.

Les habitants de Bukavu qui se sont confiés à nous, invitent ainsi le pouvoir en place à abandonner cette voie et à privilégier la stabilité et la concorde nationale à travers un dialogue inclusif.

Juvénal MUTAKATO 

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