L’AFC/M23 rejette les accusations d’atteintes aux droits humains formulées par Amnesty International dans une enquête consacrée à la situation dans les sites miniers de Rubaya, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, et de Lomera, dans le territoire de Kabare au Sud-Kivu. Dans une mise au point publiée mardi 22 septembre 2026, le mouvement affirme rejeter « formellement et dans leur ensemble » les accusations contenues dans le rapport d’Amnesty International, qu’il juge « non établies et insuffisamment étayées ».
Signé par Bertrand Bisimwa, coordonnateur adjoint de l’AFC/M23, le document conteste notamment les allégations d’exécutions sommaires, de torture, de détentions arbitraires, de travail forcé, de recrutement forcé, de pillage et de trafic de minerais.
Pour l’AFC/M23, la gravité de ces accusations nécessite une vérification approfondie des faits. Le mouvement estime que chaque cas devrait notamment permettre d’établir la réalité des faits allégués, leur date et leur lieu, l’identité des auteurs présumés ainsi que leur éventuel lien avec l’AFC/M23 et sa chaîne de commandement.
« Une accusation ne constitue pas, à elle seule, une preuve, » soutient le mouvement.
18 mineurs tués selon Amnesty
Dans son enquête publiée lundi 21 septembre, Amnesty International affirme avoir documenté plusieurs violations présumées dans les deux sites miniers contrôlés par le M23.
L’organisation dit avoir réalisé 26 entretiens entre janvier et avril 2026 avec des creuseurs artisanaux, des propriétaires de puits, des proches de victimes, des habitants, des experts miniers et des acteurs de la société civile.
Selon Amnesty, 18 mineurs artisanaux auraient été tués à Rubaya et Lomera. L’organisation évoque notamment dix personnes qui auraient été battues à mort, deux autres tuées par balle et six retrouvées mortes après avoir été enlevées.
L’organisation rapporte également des cas présumés de torture et de détention dans des espaces souterrains appelés « ndake », ainsi que dans des conteneurs qui auraient servi de lieux de détention à proximité de Rubaya.
À Lomera, Amnesty fait état de témoignages concernant des violences et des paiements exigés pour obtenir la libération de certaines personnes détenues.
Des accusations de travail et de recrutement forcés
L’enquête d’Amnesty International évoque également l’existence d’un travail communautaire, appelé « salongo », qui aurait été rendu obligatoire dans certaines zones minières sous contrôle du M23.
Selon l’organisation, des personnes qui refusaient d’y participer auraient été sanctionnées ou détenues.
Sept mineurs interrogés par Amnesty auraient par ailleurs déclaré avoir été menacés de transfert vers des centres d’entraînement militaire du M23 lorsqu’ils ne pouvaient pas payer certaines sommes exigées pour leur libération. L’organisation considère ces pratiques comme pouvant relever du recrutement forcé.
Amnesty décrit également des conditions de travail difficiles dans les mines, certains creuseurs affirmant avoir passé plusieurs jours sous terre avec un accès limité à la nourriture, au sommeil et à l’oxygène.
Le circuit des minerais vers le Rwanda
Le rapport s’intéresse également au commerce des minerais issus de ces zones. À Lomera, plusieurs sources citées par Amnesty affirment que du sable contenant de l’or serait transporté par bateau à travers le lac Kivu vers le Rwanda, notamment en direction de Kamembe, dans le district de Rusizi.
Concernant Rubaya, Amnesty rappelle que le Groupe d’experts des Nations unies a déjà documenté le contrôle exercé par le M23 sur des centres de négoce et certaines routes de transport du coltan.
L’organisation précise toutefois ne pas avoir mené sa propre enquête sur le transport du coltan depuis Rubaya. Amnesty évoque également la présence, sur certains sites miniers, de personnes présentées par des témoins comme étant rwandaises et impliquées notamment dans la gestion des puits, la sécurité ou le commerce des minerais.
L’organisation reconnaît toutefois ne pas avoir pu établir avec certitude l’identité ou la nationalité de toutes ces personnes, ni déterminer pour qui elles travailleraient.
L’AFC/M23 conteste tout lien établi avec le Rwanda
Dans sa mise au point, le mouvement politico militaire rejette également les éléments présentés comme pouvant établir un lien entre certaines personnes présentes dans les zones minières et le Rwanda. Il estime que la nationalité ou l’appartenance institutionnelle d’une personne doit être établie sur la base d’éléments objectifs et vérifiables.
L’AFC/M23 conteste notamment toute assimilation entre la pratique du kinyarwanda et la nationalité rwandaise, rappelant que cette langue est parlée par plusieurs communautés du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le groupe armé antigouvernemental estime également que la circulation d’un minerai entre plusieurs territoires ou pays ne suffit pas, à elle seule, à établir la responsabilité d’un individu, d’une organisation ou d’un État dans son extraction, son transport, sa commercialisation ou son exportation.
Amnesty appelle à renforcer la traçabilité
À l’issue de son enquête, Amnesty International appelle le M23 à mettre fin aux abus présumés dans les zones minières sous son contrôle et à sanctionner les responsables présumés.
L’organisation demande également au Rwanda d’empêcher l’entrée sur son territoire de minerais provenant des zones contrôlées par le M23. Elle appelle les États et les entreprises impliqués dans les chaînes d’approvisionnement à renforcer les mécanismes de traçabilité et de contrôle.
Amnesty estime par ailleurs que certaines des violations qu’elle affirme avoir documentées pourraient constituer des crimes de guerre si les éléments juridiques nécessaires étaient établis.
De son côté, l’AFC/M23 demande à Amnesty International de transmettre les éléments matériels sur lesquels elle fonde ses accusations aux mécanismes compétents et indépendants, dans le respect de la protection des victimes et des témoins.
Le mouvement considère enfin que les recommandations formulées par Amnesty doivent être examinées à la lumière de preuves vérifiables, affirmant que des accusations contestées ne devraient pas être présentées comme des faits définitivement établis.
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