L’Archidiocèse de Bukavu (Sud-Kivu) clarifie sa position dans le différend foncier autour d’une concession située en amont du Lycée Wima, dans la commune de Kadutu. Cette communication intervient deux semaines après une démarche menée par la rédaction de Jambo auprès de la famille Cléophas Mufanzala, dans le cadre de ses vérifications sur ce dossier. Dans une correspondance datée du 23 septembre 2026, l’Église catholique revient notamment sur l’historique du conflit, les démarches administratives entreprises depuis 2021 et les éléments sur lesquels elle fonde sa revendication de propriété.
Dans cette correspondance signée par Mgr Floribert Bashimbe, Vicaire général de l’Archidiocèse de Bukavu, l’Église affirme que l’Université Catholique de Bukavu (UCB) a été rétablie dans ses droits après l’expulsion de personnes qui tentaient d’occuper une partie de sa concession.
Selon l’Archidiocèse, les difficultés autour de cette parcelle remontent à août 2021. La correspondance met notamment en cause des actes attribués à Aziza Matembera, alors Conservateur des titres immobiliers (CTI), Cizungu Nzigire, cheffe de division du Cadastre à Bukavu II, ainsi que Mufanzala Salongo.
L’Archidiocèse affirme qu’une convention conclue le 16 septembre 2021 a permis à Mufanzala Salongo de céder une partie de la concession de l’UCB aux deux responsables fonciers, en contrepartie de démarches visant à établir un certificat d’enregistrement au nom de la succession Mufanzala.
Saisie de l’affaire, une commission d’enquête mise en place par le gouverneur de province a conclu à l’annulation des actes concernés et considéré comme nuls les titres établis sur la concession de l’UCB, rapporte l’Archidiocèse.
Le dossier a ensuite été porté au niveau du ministère national des Affaires foncières. Une commission dépêchée à Bukavu et présidée par Stanislas Balega, présenté dans le document comme directeur du Cadastre en République démocratique du Congo, a conclu en septembre 2023 à l’existence de plusieurs contrats de location superposés au certificat d’enregistrement de l’UCB.
L’Archidiocèse indique également que, compte tenu de la gravité des faits rapportés, les deux agentes du secteur foncier citées dans sa correspondance ont été suspendues sur demande du ministre national des Affaires foncières.
Après la prise de contrôle de Bukavu
La correspondance revient également sur la situation survenue après la prise de contrôle de Bukavu par l’AFC/M23 en février 2025.
L’Archidiocèse affirme qu’après le départ de la Police nationale congolaise, des personnes ont commencé à ériger des constructions en planches sur la concession de l’UCB.
Selon l’Église, les autorités de l’AFC/M23 ont ensuite pris connaissance des rapports d’enquête produits en 2022 et 2023 et ont décidé d’en appliquer les conclusions, notamment par l’expulsion des occupants et la démolition des constructions qui, d’après l’Archidiocèse, ne disposaient pas d’autorisation de bâtir.
L’Église réaffirme ainsi que la parcelle concernée est une propriété de l’UCB et estime qu’il est normal de prendre des mesures pour protéger ses biens.
La société civile appelle à la médiation
Cette clarification intervient alors que la situation suscite également la réaction du Bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu. Selon un article publié par Masharikirdc.net, lors d’un point de presse, son vice-président, Samy-Jean Takimbula, a indiqué avoir été alerté par des habitants de cette concession au sujet d’un ultimatum de 48 heures qui leur aurait été donné pour quitter les lieux.
Après une descente sur le terrain, il affirme avoir constaté la détresse de plusieurs personnes vivant ou exerçant leurs activités sur cet espace. Il cite notamment des familles, des vendeurs d’arbres, de briques et de chèvres, ainsi que plusieurs personnes vulnérables qui craignent de se retrouver sans abri ou sans moyens de subsistance.
Face à cette situation, la société civile dit avoir rencontré l’autorité provinciale sous l’administration de l’AFC/M23 afin de plaider pour une solution privilégiant le dialogue.
Samy-Jean Takimbula recommande au gouverneur du Sud-Kivu d’user de ses bons offices pour réunir autour d’une même table l’Archidiocèse de Bukavu, la succession Cléophas Mufanzala, les populations concernées, les services fonciers compétents et la Société civile.
Pour lui, cette rencontre permettrait à toutes les parties de présenter leurs arguments et leurs documents, afin que les services compétents puissent examiner les différentes prétentions et contribuer à une issue pacifique au différend.
Le responsable de la société civile insiste également sur la dimension humanitaire du dossier. Il estime que toute décision concernant cette concession doit tenir compte de la situation des personnes qui y vivent actuellement, notamment les familles, les personnes âgées, les enfants scolarisés, les femmes enceintes et d’autres personnes vulnérables.
La société civile appelle ainsi le gouverneur à privilégier la médiation et le dialogue plutôt qu’une mesure susceptible d’aggraver la détresse des familles concernées. Elle invite également l’Archidiocèse de Bukavu et la succession Cléophas Mufanzala à privilégier une solution pacifique au règlement de leur différend.
« Ce n’est pas le moment de se faire la guerre, surtout entre berger et brebis, » avait-il souligné.
Jambo poursuit ses vérifications
Deux semaines avant la publication de la correspondance de l’Archidiocèse, soit le 10 septembre dernier, la rédaction de Jambo avait entrepris une démarche auprès de la famille Cléophas Mufanzala, afin de recueillir sa version des faits et ses éventuelles observations sur ce dossier foncier.
Un premier échange téléphonique a eu lieu avec un membre de la famille. Celui-ci avait indiqué que l’interview ne pouvait se tenir qu’à son domicile, invoquant des raisons liées à sa sécurité.
Un rendez-vous avait alors été convenu à cet effet. Toutefois, celui-ci n’a finalement pas eu lieu. Les tentatives de la rédaction pour reprendre contact avec ce membre de la famille sont également restées sans suite, le dernier appel n’ayant pas abouti.
Jambo précise que cette démarche s’inscrivait dans le cadre de ses vérifications sur ce dossier et qu’elle demeure ouverte à recueillir la version de la famille Cléophas Mufanzala, ainsi que les documents qu’elle souhaite mettre à la disposition de la rédaction.
La clarification apportée par l’Archidiocèse le 23 septembre constitue ainsi un nouvel élément dans le suivi de cette affaire. Jambo poursuit ses démarches afin de présenter, dans la mesure du possible, les différentes versions et les éléments documentaires des parties concernées.
Juvénal MUTAKATO


