« Il ne faut pas précipiter les gens à la mort mais on n’a pas d’autres moyens que ça », déplore Mgr Sébastien Muyengo

Au lendemain de la marche des laïcs catholiques dimanche 21 janvier réprimée dans le sang, l’évêque du diocèse d’Uvira, Mgr Sebastien Muyengo, index le régime de Joseph Kabila. N’étant pas d’accord avec l’initiative qui « précipite les gens à la mort », l’évêque pense, néanmoins, qu’on ne peut faire autrement. Il croit que les moyens logistiques utilisés pour la répression pourraient suffire pour sécuriser les frontières de la RDC incontrôlées au su des dirigeants.

Ci-dessous l’intégralité de l’interview de Mgr Muyengo avec Marie Duhamel de radio Vatican.

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La réaction de L’évêque d’Uvira.

Quand on voit comment le pouvoir de Kabila réprime les marches,  les moyens qu’on met…pourquoi on ne met pas ces moyens pour arrêter les violences, les guerres au Nord-Kivu aujourd’hui à Beni les gens sont en train de mourir. Il y a eu des affrontements entre les militaires congolais et on ne sait pas quelle rébellion ; il y a eu vingt morts, et on en parle pas mais pour réprimer des gens qui marchent pacifiquement on trouve les moyens. Depuis avant-hier, ils ont commencé à mettre des barricades, des contrôles …mais pourquoi on ne met pas ces moyens sur les frontières entre l’Ouganda et Beni-Butembo, entre le Rwanda et Bukavu-Goma, entre le Burundi et nous ici. On trouve les moyens pour réprimer les gens qui marchent pacifiquement !

Qu’est-ce que vous dites aux catholiques qui ont marché hier et qui souhaiterait marcher encore ?

Moi je vous dis sincèrement, je ne suis pas pour les marches quand on m’a posé la question moi j’ai dit ici nous avons introduit la cause des martyrs ici qui sont morts depuis 1964. C’est depuis l’indépendance que nous on marche ici. Je ne veux pas en ajouter aux morts. Je prêche la résurrection des morts mais il ne faut pas précipiter les gens à la mort mais on a pas d’autres solutions, on a pas d’autres moyens que ça. Que les gens se prennent en charge, qu’ils se mettent debout. Et quel est ce pouvoir qui voit tout le monde sur la rue et qui s’entête en disant, on m’aime je suis là. Je dis quand les gens marchent comme ça, ils contestent toute autorité de ceux-qui prétendent détenir le pouvoir. Nous devons différencier le pouvoir et l’autorité. Ils n’ont plus d’autorité  sur les congolais maintenant ils s’imposent, ils font ce qu’ils veulent. Comment gouverner un pays dans cette situation, et moi je suis d’avis qu’on va multiplier ces mouvements jusqu’à ce qu’ils vont sentir qu’ils ne peuvent plus et qu’ils commencent à partir l’un après l’autre. On n’a pas d’autres moyens, on ne peut pas prendre des armes contre eux.

Est-ce que les évêques souhaitent tenter encore l’option du dialogue ?

Madame, c’est un dialogue des sourds. On a essayé et moi le 20 décembre de l’année passée avant le dialogue de saint sylvestre quand Kabila nous dit  de continuer le dialogue et il nomme un premier ministre avant sylvestre, j’ai dit à l’un et l’autre évêque : ça ne sert à rien, on perd le temps. J’ai rencontré quelqu’un du pouvoir je lui ai posé la question de savoir nous allons où avec ça ? il m’a dit monseigneur on ne cédera pas. Chaque fois que nous serons coincés nous ferons semblant d’ouvrir les portes mais nous ne céderons pas. Nous y sommes aujourd’hui. Je ne suis pas archevêque, je n’étais pas dans le groupe mais j’ai dit à certains : nous perdons le temps, Kabila nous fait passer le temps, nous y sommes aujourd’hui, ça ne sert à rein madame. Je crois que l’épiscopat Congolais a usé de tous les moyens parce que je ne vous dis pas ce qu’on a fait comme démarches. Nous avons maintenant quelques gens qui n’ont plus comme avenir que de rester au pouvoir. Même à l’époque de Mobutu on n’a pas vu ça. En le 16 février, Mobutu tue les chrétiens, Mobutu, les soldats les attendaient sur la rue, ils n’entraient pas dans les Eglises.

Donc pour vous il n’y a pas d’autre option que de marcher pacifiquement ?

Pacifiquement ! ce que je regrette moi ce que les organisateurs ne tombent jamais. Ce sont les simples gens, les simples petits peuples qui tombent et il en restera quelque chose et ce Congo se réveillera et là de plus en plus ce n’est plus une marche des catholiques. Les protestants sont entrés là-dedans même des sectes sont entrées là-dedans. C’est dommage qu’on passe par là mais on n’a pas d’autres choix.

Le pape a fait prier les péruviens pour le Congo, prier pour qu’on évite les violences, prier pour le bien commun. Est-ce que c’est important cet appel pour vous ?

On en a déjà. Moi je prie tous les jours, nous prions tous les jours. Le 31 décembre comme les laïcs n’ont rien fait ici, nous avons prié avec les militaires et les policiers et nous on a dit, on a versé trop de sang chez-nous ; nous sommes parmi les zones les plus rouges du Congo. Je ne sais pas si on se résigne dans la prière mais je crois dans la prière, je crois en la parole du pape, je crois à la prière avec toutes les communautés qui prient pour nous. Je crois aussi beaucoup à la parole de la communauté internationale qui doit s’impliquer. Les nations unies, le conseil de sécurité, l’union Européenne, je crois en ces interventions là mais je te dis ici les gens ont endurci les cœurs, c’est ça le problème. Quand quelqu’un vous dit « je mourrai avec une balle dans la tête » cela veut dire quoi ? Qu’il est prêt à tout, à mourir au pouvoir, nous sommes dans cette logique-là! Nous espérons qu’en faisant pression, peut-être il y aura des défections dans son camp et il va rester seul, il n’y a que Dieu qui est éternel ! On a vu des grands dans ce monde. Moi j’ai grandi dans le régime de Mobutu au plus fort moment de son pouvoir, qui croyait que cet homme pouvait mourir. Nous les africains on croyait en Kadhafi ; qui croyait que Kadhafi pouvait mourir comme un chien sur la rue et tout ça, ça ne donne pas de leçon à nos politiciens ? Ces gens-là c’est eux qui sont venus avec des noms des noms des libérateurs et un libérateur  qui fait ça maintenant ? C’est de n’importe quoi.

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