Sud-Kivu : Les mariages précoces, un chemin imposé aux filles mineures à Nyangezi

Sud-Kivu : Les mariages précoces, un chemin imposé aux filles mineures à Nyangezi

A Nyangezi au Sud-Kivu, des filles mineures se marient avant l’âge de la majorité. Interdit par la loi, ces mariages non déclarés officiellement sont souvent coutumiers. Des familles l’autorisent moyennant le versement de la dot fixée. Dans ce coin du pays, on voit souvent des filles mineures dont l’âge varie entre 14 et 16 ans qui vivent avec leurs maris dans des ménages et des fois, avec des grossesses. Nous avons observé cette situation à Karongo –Nyangezi dans le territoire de Walungu. Ces filles courent plusieurs dangers à cause des grossesses précoces que ces mariages impliquent. C’est ce que nous ont fait savoir certains acteurs sociaux du milieu au cours d’un entretien nous accordé ce lundi 07 février.

Karongo-Nyangezi est l’un des 16 groupements que compte la chefferie de NGWESHE en territoire de WALUNGU sur la RN5 allant en territoire d’UVIRA, à 25 kilomètre de la ville de Bukavu. Dans cette entité, des filles en âge scolaire se livrent à des mariages précoces, une pratique pourtant interdite par la loi en République démocratique du Congo.

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Selon les témoignages recueillis sur place, certaines victimes renseignent que les conditions de vie sociale les poussent à contracter le mariage précocement.

« La vie est difficile ici chez nous à Nyangezi, les champs ne produisent plus comme avant, pas de travail. Je suis orpheline. Qu’est-ce que j’allais faire, j’ai eu un mari, il m’a à engrossé à l’âge de 16 ans et nous sommes partis pour vivre. C’était pour sauver ma vie. Le seul problème c’est d’être battu souvent par mon mari », témoigne Priscille.

Yvette ( nom d’emprunt), nous fait savoir qu’après avoir échoué plus de deux fois dans une classe, car étant chassé suite au manque des frais scolaire, elle a choisi de se marier malgré son âge.

« J’ai 17 ans, la pauvreté chez nous est à la base de ce qui nous arrive. J’étais plusieurs fois chassée à l’école faute d’argent. Par la suite, j’ai échoué deux fois dans une même classe parce qu’on me chassait souvent. L’année suivante, j’ai opté pour le mariage », révèle-t-elle.

« La plus grande difficulté, c’est celui de tomber malade presque tous les jours, même quand on est enceinte, ce qui peut provoquer un avortement», nous dit-elle.

Tout en condamnant ces actes, le président de la nouvelle dynamique de la société civile de Nyangezi pointe du doigt les parents du milieu. Aksanti Fiston Balibuno, estime que l’irresponsabilité, la pauvreté de certains parents sont à la base de cette situation. Il parle également de l’ignorance des droits des femmes et filles par des habitants.

« Il y a des parents qui ne se soucient pas de leurs enfants » ,explique-t-il.

Pour mettre fin à cette pratique, Aksanti Balibuno pense qu’il faut une sensibilisation de la communauté. Mais également, il propose une récupération des toutes ces filles dans des centres d’apprentissages pour sauver leur avenir et lutter contre l’analphabétisme.
Donatien Bashagaluke, psychologue clinicien de son état, affirme qu’en se mariant avant l’âge, la fille risque gros pourtant, quand on est dans le mariage c’est une jouissance.

« Il n’y a pas de jouissance pour elles, c’est seulement un plaisir. Souvent il s’observe que dans des ménages où vont ces filles, elles sont maltraitées. Une fois le cas, ça développe chez elles, des troubles anxieux, la dépression, des stresses(…), l’enfant se culpabilise surtout lorsqu’elle se retrouve dans une situation traumatisante », explique-t-il.

Dans ce cas, l’enfant doit être pris en charge pour lui permettre de restaurer encore sa confiance. Quant aux parents, ils les appellent à satisfaire les besoins des leurs filles malgré la situation pour les éviter de tomber dans cette situation.

« Les parents doivent entretenir un dialogue permanent en famille, pour dire aux enfants ce qui est bon ou mauvais. Les églises doivent également fournir des efforts, en organisant des sensibilisations à dans la communauté », pense-t-il.

« Les filles en âge scolaire doivent comprendre que les études payent plus et qu’elles sont plus importantes dans la vie. Elles doivent comprendre que le mariage n’est pas un abri où on doit recourir très vite pendant qu’on n’a pas atteint l’âge de la maturité », conseille-t-il.

Pour Solange Lwashiga, responsable du Caucus des femmes congolaises pour la paix, la vie misérable que mènent les parents de Nyangezi et de partout au pays encourage cette pratique.

La charge revient au Gouvernement congolais, qui a comme obligation de garantir à tous les Congolaises et Congolais une vie meilleure.

« Nous nous inscrivons dans l’optique de sensibiliser, nous jouons sur les agissements, le mental, la perception de cette situation au niveau des communautés dans nos villages, territoires et chefferies, pour amener les membres des communautés à comprendre que la fille sa place c’est à l’école, mais pas tôt dans le mariage », nous explique-t-elle.

Pour contourner cela, Solange préconise également un dialogue entre les parents et leurs enfants, afin d’analyser les potentialités que regorge la famille et voir comment ça va être utilisé stratégiquement pour que les enfants aussi filles puissent étudier. A toutes les filles de Nyangezi de se concentrer pour les études, parce que c’est le moyen d’épanouissement individuel et de développement communautaire.

« Que le gouvernement congolais puisse rendre effectivement gratuit l’enseignement primaire tel que le veut la constitution. Cela permettrait aux enfants démunis de bénéficier d’un enseignement de qualité pour lutter contre les mariages précoces en milieux ruraux », recommande-t-elle.

Maître Pascal Mupenda, avocat au Barreau du Sud-Kivu et défenseur des droits humains, explique que la loi de 2006 sur les violences sexuelles criminalise le mariage précoce.

« Dans cette loi, la peine prévue est de un à 12 ans de prison ferme et une amende de 100 000 fc pour l’auteur d’un tel acte car cette pratique n’a d’autre nom qu’être une des formes des violences sexuelles », explique-t-il.

« Malheureusement, tout ça existe, mais l’on constate toujours l’existence des cas des mariages précoces qui augmentent quelque soit la forme », regrette-il.

Lors de son adresse à la population de Tshikapa dans la province du Kassaï, le Chef de l’Etat en date du 03 janvier 2022 s’est adressé en disant, « Il ne faut pas marier la jeune fille de manière précoce. Ça je refuse à tout jamais !(…) il ne faut pas non plus la marier de force », a insisté le Chef de l’Etat.

Pour le Président de la République, certains problèmes révélés comme causes qui influencent les mariages précoces ; dont la pauvreté, le manque de moyen financier pour supporter les études et le problème lié à la famine trouveront solution avec la mise en place du programme de développement des 145 territoires de la RDC qu’il a initié.

Steve Wilondja, JDH.

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La Rédaction JamboRDC

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