La participation des femmes autochtones aux initiatives de conservation pourrait renforcer la protection de la biodiversité autour du Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), au Sud-Kivu. Leur connaissance des plantes, de la forêt et des pratiques traditionnelles est présentée comme une ressource encore insuffisamment valorisée dans les efforts de sauvegarde de cet écosystème.
À travers leurs activités quotidiennes et la transmission des savoirs ancestraux, les femmes autochtones occupent une place importante dans la gestion traditionnelle des ressources naturelles.
Pour Ladislas Witanene, membre du Cercle des ambassadeurs de leadership autochtone, cette expertise devrait désormais être davantage prise en compte dans les stratégies de conservation du PNKB.
Dans une interview accordée à Jambo ce vendredi 28 août, cet acteur appelle les autorités, les organisations de conservation et les autres intervenants à renforcer la participation des femmes autochtones dans les initiatives de protection de l’environnement.
« Les femmes autochtones sont des gardiennes de la biodiversité. Elles connaissent les vertus des plantes, les secrets de la terre. Si on veut vraiment protéger le PNKB, on doit les associer et valoriser ce qu’elles savent, » explique Ladislas Witanene.
Pour lui, les connaissances détenues par ces femmes constituent un patrimoine qui ne devrait pas être marginalisé. Il cite notamment la connaissance des plantes médicinales, les pratiques agricoles traditionnelles ainsi que les méthodes ancestrales liées à l’utilisation et à la gestion des ressources naturelles.
De la transmission des savoirs à la prise de décision
Ladislas Witanene estime toutefois que la participation des femmes autochtones ne devrait pas se limiter à la transmission des connaissances traditionnelles.
Il plaide pour leur présence dans les espaces où se prennent les décisions relatives à la conservation, mais aussi dans la conception et la mise en œuvre des programmes environnementaux.
Cette approche rejoint les efforts actuellement engagés autour du PNKB pour renforcer la participation des peuples autochtones et des communautés locales dans la gestion du parc.
L’UNESCO souligne notamment l’importance d’une participation transparente et inclusive de ces communautés dans les processus décisionnels liés à la conservation du site.
Le PNKB, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1980 et placé sur la Liste du patrimoine mondial en péril depuis 1997, abrite une biodiversité exceptionnelle, notamment le gorille de Grauer, une espèce endémique de la République démocratique du Congo.
Une implication face aux pressions sur le parc
La conservation du PNKB reste confrontée à plusieurs défis, parmi lesquels le braconnage, la déforestation, l’exploitation illégale des ressources naturelles et la pression exercée sur les habitats.
Dans ce contexte, la collaboration avec les communautés riveraines apparaît comme un élément important des stratégies de conservation. Le site officiel du parc indique d’ailleurs que près de 500 000 personnes issues des peuples autochtones et des communautés locales vivent autour du PNKB et que leurs moyens de subsistance sont étroitement liés à la préservation de cet environnement.
Pour Ladislas Witanene, donner davantage de responsabilités aux femmes autochtones pourrait ainsi permettre de rapprocher les objectifs de conservation des réalités vécues par les communautés.
Il appelle donc à une meilleure reconnaissance de leur expertise, mais également à la promotion de leur leadership dans les initiatives environnementales.
Une implication qui, selon lui, pourrait faire des femmes autochtones non seulement des bénéficiaires des programmes de conservation, mais aussi des actrices à part entière de la protection du patrimoine naturel et culturel du Kahuzi-Biega.
Elvine CIZA


