Désiré Hombo Kaweche a consacré 48 années de sa vie à l’enseignement à l’École primaire de Bitale, dans le groupement de Bitale, en chefferie de Buloho, territoire de Kalehe, au Sud-Kivu. À travers ses leçons, sa rigueur et sa discipline, cet enseignant a marqué plusieurs générations d’écoliers. Aujourd’hui confronté au poids des années et à une vision affaiblie, il demeure une figure dont le parcours continue de vivre dans la mémoire de ses anciens élèves.
Brillant dans un village niché dans les montagnes de Buloho, le temps semble avoir profondément changé le paysage et les hommes. Mais certains souvenirs résistent aux années. Celui de Désiré Hombo Kaweche en fait partie.
Lorsqu’il est question de l’École primaire de Bitale, son nom revient parmi ceux qui ont consacré une grande partie de leur existence à la formation des enfants. Pendant 48 ans, il a franchi les portes de cette école, retrouvant presque quotidiennement ses élèves et leurs cahiers.
Né le 20 mai 1958 à Kaesi, Désiré Hombo Kaweche est le troisième fils de Saani et Namwanda, issus de la famille Kaweche. Il grandit dans cet environnement rural où les liens communautaires occupent une place importante.
L’école comme vocation
Formé au niveau 4N, Désiré Hombo Kaweche s’engage dans l’enseignement alors qu’il est encore jeune. Ce qui commence comme une profession va progressivement devenir le fil conducteur de son existence.
À l’École primaire de Bitale, il enseigne notamment en deuxième et troisième années. C’est particulièrement avec les élèves de troisième année qu’il va laisser une empreinte durable.
Lecture, écriture, calcul et conjugaison constituent une partie essentielle de son quotidien. Sa méthode repose sur la répétition, la discipline et surtout la vérification des acquis.
Pour lui, avancer dans le programme ne signifiait pas simplement terminer une leçon. Il fallait d’abord s’assurer que les élèves avaient compris.
Les mercredis de conjugaison
Parmi les souvenirs qui reviennent chez ses anciens élèves, les séances de conjugaison du mercredi occupent une place particulière.
Chaque mercredi matin, le maître était au rendez-vous. La leçon précédente était d’abord révisée avant l’introduction d’une nouvelle matière. La progression dépendait ainsi de la maîtrise des élèves.
Son ancien élève, le Master Muchimaatakena Babwirisa Jackson, aujourd’hui assistant d’université et journaliste professionnel, garde encore en mémoire cette période.
« Oui, je conjugue très bien dans mon français parlé grâce à ce père qui est devenu aujourd’hui un ami. Il m’appelle affectueusement “Muchimaatakena, fils” », témoigne-t-il avec gratitude.
Derrière cette confidence se trouve toute une histoire de transmission.Le maître d’autrefois est devenu, avec le temps, une connaissance proche et respectée.
Une discipline dont le souvenir demeure
La pédagogie de Désiré Hombo Kaweche était également marquée par une discipline stricte. Dans sa classe, l’attention et l’apprentissage étaient pris au sérieux.
Pour ses anciens élèves, cette exigence fait aujourd’hui partie des souvenirs de leur enfance scolaire. Des décennies après, certains se rappellent encore les exercices, les corrections et les leçons répétées jusqu’à la compréhension.
Cette relation particulière entre le maître et ses élèves illustre aussi la place que peuvent occuper les enseignants dans le parcours d’une communauté. Leur travail se mesure rarement uniquement au nombre d’années passées en classe. Il se retrouve dans les trajectoires de ceux qu’ils ont formés.
Une famille nombreuse
En dehors de l’école, Désiré Hombo Kaweche a également consacré sa vie à sa famille. Marié à Madame M’kalonge, il est père de douze enfants. Le couple a également accueilli deux autres enfants sous sa tutelle.
Pendant qu’il formait les enfants de Bitale à l’école, il assumait donc parallèlement les responsabilités de père de famille. Deux dimensions qui ont accompagné son parcours pendant plusieurs décennies.
Quand les années laissent leurs traces
Aujourd’hui, les années de travail ne sont pas sans conséquences. Désiré Hombo Kaweche fait face à des problèmes de santé, notamment une vision affaiblie.
Celui qui a passé près d’un demi-siècle à regarder des cahiers, suivre les exercices des élèves et travailler devant un tableau noir porte désormais les marques du temps.
Mais au-delà de ces difficultés, son parcours reste présent dans la mémoire de ceux qu’il a formés.
Dans le territoire de Kalehe et au-delà, certains anciens élèves poursuivent leur chemin dans différents domaines. Parmi eux, des professionnels, des cadres et des acteurs de la société qui ont commencé leur parcours sur les bancs de l’école.
Un héritage qui ne se mesure pas en chiffres
Il est difficile de compter le nombre exact d’enfants passés devant le tableau de Désiré Hombo Kaweche au cours de ses 48 années d’enseignement. Plus difficile encore de mesurer l’impact réel de son travail sur leurs vies.
Mais une chose demeure : son histoire est intimement liée à celle de l’École primaire de Bitale. À travers ses anciens élèves, ses souvenirs de classe et les générations qu’il a accompagnées, Désiré Hombo Kaweche continue d’exister dans la mémoire collective.
Son parcours rappelle surtout une réalité souvent discrète : derrière chaque génération de professionnels se trouvent des enseignants qui ont consacré leur temps, leur énergie et parfois toute leur vie à apprendre aux autres à lire, écrire, compter et comprendre le monde.
À Bitale comme à Bunyakiri entier, le nom de Désiré Hombo Kaweche restera ainsi associé à ces hommes et ces femmes qui, loin des projecteurs, ont contribué pendant des décennies à bâtir leur communauté par l’éducation.
Juvénal MUTAKATO


