Santé : Face à plusieurs défis, les infirmiers du Sud-Kivu déplorent la négligence de leur métier par l’Etat congolais

Les conditions de travail, la faible prime de risque, l’inexistence du salaire pour certains, le manque de numéro matricule pour d’autres, faible équipement,… voilà en gros les conditions dans lesquelles les infirmiers du Sud-Kivu déclarent travailler.  Ils se plaignent  que leur métier soit négligé par le Gouvernement congolais qui ne répond pas à leurs doléances. Ainsi ont-ils décidé d’entamer un mouvement de grève sèche à partir de ce lundi 28 mai 2018.

D’après certains infirmiers du Sud-Kivu, le gouvernement néglige beaucoup le métier des infirmiers. Il ignore leur mission qui consiste à veiller sur la bonne santé de la communauté. S’il en était conscient, estiment-ils, il ne traiterait pas les infirmiers de cette manière :

« Nous, nous sommes contents de notre métier car c’est une vocation. Il présente beaucoup d’avantages. Sur le plan social, notre métier nous fait vivre. Sur le plan moral, nous sentons contribuer à l’avancement de la communauté quand nous avons soulagé un malade, car un peuple malade ne peut rien faire », explique Mutayoga Jean-Marie, infirmier de carrière depuis quinze ans et prestataire au centre hospitalier Impact Médical à Bukavu.

Il fustige les conditions dans lesquels les disciples de Florence Nightingale travaillent qui restent déplorables. Chez le privé comme chez le public, la situation est la même. Les défis sont à la fois d’ordre technique et d’ordre social.

« Le cadre dans lequel l’infirmier travaille n’est pas bon. Sur le plan technique, il y a un grand défi pour la qualité des soins. L’infirmier n’a pas toujours assez de matériels pour aider sa communauté. Dans nos villages, nous sommes bloqués parfois par le manque de médicaments. Sur le plan social, dans ce pays les infirmiers ne sont pas tous connus par l’Etat. Et les quelques qui sont connus ont une prime dérisoire », explique l’infirmier.

Sur le plan salarial, les infirmiers estiment être parmi les employeurs les plus négligés de l’Etat.

« (…) si réellement on devait tenir compte du travail que l’infirmier apporte à la communauté, il ne serait pas considéré de cette façon. Les infirmiers sont 24 heures sur 24 auprès du malade. Pourtant leur rémunération est médiocre », regrette-t-il.

En plus de ne pas être reconnus par l’Etat, pour la plupart, ils ont la prime de risque la plus dérisoire soit-elle. Selon notre source, cette prime arrive irrégulièrement et ne concerne que les quelques infirmiers plus anciens.

« Aujourd’hui si nous continuons à travailler, c’est seulement par sacrifice et par amour de notre métier.  Actuellement, un infirmier A1 touche 50 000fc, et celui du dernier niveau touche 27 000fc.  Pensez-vous que quelqu’un puisse tenir sa famille avec un tel salaire ? Pire encore, cette prime est irrégulière. Cela fait par exemple trois mois que nous n’avons pas touché notre prime de risque », s’indigne un infirmier du centre de Santé diocésain de Muhungu (BDOM).

Cette situation criante pousse les infirmiers à soutenir le mouvement de grève que projette  le Secrétariat provincial de l’UNIC (Union Nationale des Infirmiers du Congo). C’est dommage, pensent-ils, qu’ils en soient arrivés là, au regard des conséquences qui vont s’en suivre, mais ils estiment que c’est le seul moyen qui leur reste.

« Si le Gouvernement était conscient du travail que l’infirmier rend à la communauté, il n’accepterait pas que les infirmiers entrent en grève. C’est dommage que nous soyons arrivés là au regard des conséquences qui vont s’en suivre, mais la situation actuelle l’oblige », soutient Cubaka Mango David, infirmier titulaire au Centre de Santé Malkia.

Ces agents sanitaires exigent au gouvernement la prise en charge réelle des effectifs dans leur carrière qui restent non payés par l’Etat et de majorer la prime des infirmiers au taux de change dans le marché.

« Nous ne demandons pas beaucoup de choses au gouvernement : D’abord nous reconnaître nous comme infirmiers parce qu’il y a beaucoup d’infirmiers qui ont l’ancienneté même de plus de trente( 30) ans de service qui ne sont pas connus. Donc ils n’ont pas de numéro matricule. Deuxièmement, qu’il majore la prime de risque et le salaire au taux actuel sur le marché. Ce n’est que ça », recommande David Mango.

Pour rappel, les membres de l’UNIC  Sud-Kivu, réunis en Assemblée Générale  samedi 26 mai dernier, à l’Amphithéâtre de l’Hôpital général de Bukavu, ont décidé de poursuivre  leur mouvement de grève sans service minimum sur toute  l’étendue de la Province du Sud-Kivu à partir de ce lundi 28 mai 2018.

Alfred Mukengere

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.