RDC: vers un 3e mandat pour Félix Tshisekedi : « si la guerre continue dans l’Est, pas d’élections en 2028 »

Félix Tshisekedi était face à la presse ce mercredi 6 mai. Une première depuis février 2024 pour le président de la République démocratique du Congo. Guerre dans l’Est, économie et avenir politique ont été évoqués. Sur fond d’éventuelles révisions de la Constitution et de soupçons quant à un 3ᵉ mandat.

Pendant trois heures, le chef de l’État a pris la parole dans une salle pleine composée de journalistes et de presque tous les membres du gouvernement.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

Attendu au tournant au sujet d’une éventuelle réforme de la Constitution qui lui ouvrirait la voie à un troisième mandat, Félix Tshisekedi s’est dit prêt pour un troisième mandat, « si les Congolais » lui demandent « de revenir ».

Au pouvoir depuis 2019, le chef de l’État a néanmoins précisé que « si changement ou révision doit se faire, ce ne sera jamais sans consulter la population, par référendum ». Une initiative vivement critiquée ces derniers mois par les Églises catholique et protestante, qui mettent en garde contre toute révision de l’article 220 de la Constitution congolaise.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

Félix Tshisekedi ce que les militants de son parti répètent depuis longtemps, avec des mots choisis et presque sans langue de bois : « oui, la révision- voire un changement de la Constitution – est un projet de longue date porté par l’UDPS », une continuité assumée, et « non pas une improvisation ou une provocation ». Mais pour désormais en justifier l’urgence, il a introduit un argument nouveau : « le partenariat conclu entre Washington et Kinshasa » qui exigerait, selon lui, des réformes constitutionnelles. Entre les lignes, la pression ne viendrait donc plus seulement de l’intérieur, mais aussi de l’extérieur, a laissé entendre le chef de l’État.

Puis concernant son avenir personnel, Félix Tshisekedi l’a déclaré sans ambage : « si les Congolais me demandent de revenir, je suis à leur disposition ». Selon ses mots « si changement ou révision doit se faire, ce ne sera jamais sans consulter la population, par référendum ».

En cas de prolongation du conflit dans l’Est de la RDC, pas d’élections en 2028

Le président congolais a par ailleurs souligné qu’en cas de prolongation du conflit dans la partie orientale du pays, les élections prévues en 2028 ne pourront pas être organisées.

« Si on ne peut pas terminer cette guerre, malheureusement on ne saura pas organiser les élections en 2028. Pas parce que j’aurai refusé de les organiser. Les ressources sont là, on peut les organiser. Mais on ne va pas les organiser sans le Nord et le Sud-Kivu quand même. Comment est-ce qu’on va organiser les élections ? Regardez en Ukraine, ça fait deux ans, il devait y avoir les élections. Le monde entier a compris que le président Zelensky ne peut pas les organiser, » a argumenté Félix Tshisekedi.

Ces déclarations du chef de l’État n’ont évidemment pas tardé à provoquer des réactions. Selon RFI, parmi les opposants à Félix Tshisekedi, l’ancien député Claudel-André Lubaya, aujourd’hui proche de l’ex-président Joseph Kabila, estime que celui-ci apporte plus de crispations que de réponses aux attentes des Congolais.

« Aucune disposition de la Constitution ne prévoit qu’une prétendue volonté populaire puisse justifier une violation de sa lettre et de son esprit […]. Le président Tshisekedi annonce [ici] urbi et orbi sa volonté de violer la Constitution de la République démocratique du Congo puisqu’il l’a lui-même dit : il ne pourra pas organiser les élections tant que la guerre dans l’Est du pays continuera. Mais alors, comment va-t-il organiser un référendum ? » lance ce dernier, qui vit actuellement en exil.

En RDC, toute modification constitutionnelle doit être approuvée par référendum sur convocation du président, sauf si le projet est approuvé à la majorité des trois cinquièmes par le parlement. L’Union sacrée, alliance de partis rassemblés dans la majorité présidentielle, y détient une écrasante majorité.

L’opposition, affaiblie par des défaites électorales successives, accuse depuis 2024 le président congolais Félix Tshisekedi de manœuvres pour rester au pouvoir, estimant que toute tentative de modifier la Constitution équivaudrait à un « coup d’État constitutionnel».

Rédaction 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.