Sud-Kivu : MSF s’inquiète de la dégradation dangereuse de l’accès aux soins à Kalehe

L’organisation Médecins sans frontières (MSF) alerte dans un communiqué de presse rendu public ce jeudi 7 mai, sur la dégradation dangereuse de l’accès aux soins dans la province du Sud-Kivu, dans un contexte de conflit prolongé et de désengagement progressif des acteurs de santé. À Minova par exemple, dans le territoire de Kalehe, l’arrêt du financement de la Banque Mondiale via le Programme Multisectoriel de Nutrition et de Santé (PMNS) a eu des conséquences immédiates sur l’accès aux soins vitaux, et notamment pour les femmes enceintes et les nouveau-nés.

Selon le communiqué, les ruptures d’approvisionnement en médicaments, en vaccins et en intrants nutritionnels touchent aujourd’hui la majorité des zones de santé de la province. En 2025, les vaccins contre la rougeole ont été indisponibles durant de longs mois, malgré des épidémies actives dans 24 des 34 zones de santé.

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« Les programmes nationaux de santé pour lutter contre le paludisme, la tuberculose, le VIH, la malnutrition et la vaccination, ne fonctionnent plus de manière effective dans de nombreuses zones, en raison des contraintes sécuritaires, logistiques et du retrait des financements, » explique Issa Moussa, Chef de mission MSF au Sud Kivu, soulignant que « Les centres de santé primaires, souvent privés de personnel rémunéré et de médicaments essentiels, et ne sont pas en mesure de répondre aux besoins réels ».

Pour l’organisation, la zone de santé de Minova illustre de manière alarmante cette crise. Depuis l’arrêt du financement de la Banque Mondiale à travers le Programme Multisectoriel de nutrition et de santé (PMNS) et la fin de l’appui de certains partenaires début 2026, l’Hôpital général de référence de Minova a introduit de nouveaux frais pour les soins obstétricaux et en néonatologie : jusqu’à 100 USD pour une césarienne et 50 USD pour la prise en charge d’un nouveau-né prématuré.

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Les conséquences sont immédiates et dramatiques

Selon des témoignages recueillis par MSF dans cet établissement sanitaire, des femmes restent hospitalisées plusieurs jours ou semaines sans pouvoir payer, tandis que d’autres renoncent simplement aux soins, se tournant vers des accouchements à domicile à haut risque.

Dès la fin de l’appui de la Banque Mondiale, et selon les données de l’HGR, la fréquentation de la maternité en janvier et février 2026 a chuté de près de 34% par rapport à l’année 2025.

Une pression sur les rares structures gratuites

MSF indique que dans les hauts plateaux, le centre hospitalier de Numbi, qui bénéficie de son appui, reste l’un des rares établissements offrant des soins gratuits. Mais il fonctionne déjà bien au-delà de ses capacités, avec un taux d’occupation des lits en maternité dépassant 217% début 2026, alors qu’en octobre 2025 le taux était de 95%, ce qui signifie plus d’une femme par lit.

Aujourd’hui il ne peut absorber un afflux supplémentaire de patientes provenant de la zone littorale, où les femmes enceintes parcourent parfois plusieurs heures à pied, malgré l’insécurité, faute de moyens financiers.

La dégradation du système de santé intervient dans un contexte de risques épidémiques élevés (rougeole, choléra, Mpox), de malnutrition persistante, notamment dans les hauts plateaux, ainsi qu’un niveau de violences sexuelles qui demeure extrêmement préoccupant.

Une mobilisation urgente est indispensable

Face à cette crise multidimensionnelle, MSF appelle les bailleurs de fonds à reconsidérer le désengagement financier du secteur de la santé au Sud-Kivu afin d’assurer l’accès et la continuité des soins de santé primaires et secondaires ; les acteurs humanitaires et de santé à renforcer leur présence et leur coordination, en particulier à Minova ; les autorités et parties au conflit à garantir un accès humanitaire sûr et sans entrave, également les parties au conflit doivent dépolitiser l’accès à la santé et assurer la continuité des programmes nationaux de santé (VIH, TB, Paludisme, Vaccination et nutrition) à l’Est de la RDC; et enfin à l’ensemble de la communauté humanitaire, à replacer le Sud-Kivu au cœur de la réponse à la crise dans l’Est du pays.

Juvénal MUTAKATO

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