Sud-Kivu : Pour survivre, les vieillards recourent à la mendicité dans la ville de Bukavu

Sud-Kivu : Pour survivre, les vieillards recourent à la mendicité dans la ville de Bukavu

La prise en charge des personnes de troisième âge reste un casse-tête au Sud-Kivu. Cette catégorie fait face à une multitude de défis dans leur vie quotidienne qui les poussent à la mendicité pour leur survie. Chaque mardi et vendredi, les vieillards encombrent les artères de la ville de Bukavu pour quémander dans les maisons commerciales comme aux passants de l’argent.Certains viennent des territoires de Kabare et de Walungu pour se joindre à leurs pairs qui vivent dans la ville.

Nombre justifient leur situation par manque d’assistance de la part de leurs propres familles les accusant de plusieurs griefs jusqu’à les expulser de leurs maisons.

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« Après la mort de mon époux, j’ai été expulsée de la maison par mon fils ainé, m’accusant d’avoir ensorcelé sa femme. J’habite chez un familier sur  l’avenue industrielle à Kadutu. Je ne fais que mendier dans la ville. J’ai 67 ans et ça fait 8 ans que je vis dans la mendicité. Si je n’ai pas quémandé, je ne peux trouver à manger », confie Venantie M’Chamunani, rencontrée devant un établissement à Nyawera.

D’autres, faute de la production du sol, ont du quitter le village et ne vivent que de la mendicité.

« Nous vivons grâce aux dons des personnes de bon cœur. Mon mari est infirme et nous n’avons pas eu d’enfant. Pour manger ou pour trouver des habits, nous ne faisons que mendier dans la rue. Nous avions quitté le village parce que le sol n’est plus productif (…) et les familiers ne nous assistent pas », regrette la quinquagénaire Suzanne Ntibonera.

Même son de cloche pour le vieillard Amani qui regrette d’avoir perdu sa compagne après une longue période de maladie sans soins puisque dépourvu de moyens pour l’amener à l’hôpital.

« J’ai perdu ma femme parce que je n’avais pas de moyens pour lui payer des soins médicaux. Elle a souffert d’une maladie grave pendant longtemps et en succombée. Dès lors, j’ai commencé à circuler la ville avec d’autres vieillards aussi pour mendier.  Je n’ai pas de choix », explique le sexagénaire Amani Prospère, habitant au quartier Kasha dans la commune de Bagira.

En province du Sud-Kivu, il existe des structures qui s’occupent de cette catégorie de personnes pour leur apporter assistance. Freddy Wilondja, président national de la synergie des organisations de personnes de 3e âge affirme qu’ils traversent une situation indescriptible.

« La situation des personnes de 3e âge est alarmante au Sud-Kivu. Ils font face à bien de défis dans leur vie. Ils n’ont pas accès aux soins médicaux, aucune activité pour leur autonomisation, manquent de logement. Parfois, il y a des vieillards chassés par leurs propres familles et qui vivent dans des conditions inhumaines. Il n’y a pas d’accompagnement pour ceux qui font de petites activités artisanales. Il y a trop de problèmes auxquels ils sont exposés », déplore Wilondja.

Dans leurs actions, les organisations de la société civile se heurtent à des défis tels que la non-implication de l’Etat pour la matérialisation de l’édit provincial portant protection des droits de cette catégorie. Le manque de structures appropriées pour la prise en charge des victimes dont les droits sont lésés par leurs propres familles, l’insuffisance des moyens pour assurer des soins aux nécessiteux.

« A voir le nombre de personnes de 3e âge adhérés aux mutuelles de santé, il est très limité. Et ceux qui ont la chance bénéficie de dons d’une église ou d’une personne de bonne volonté pour les faire adhérer  (…) concrètement, avec le gouvernement provincial, ça ne tient pas », renchérit-il.

La chef de division provinciale des affaires sociales du Sud-Kivu affirme qu’il existe une collaboration avec les structures intervenant dans cette thématique mais, croit que le gouvernement devrait se pencher avec un regard spécial sur cette catégorie de personnes.

«Il est vrai que ces vieillards sont affamés. La plupart circulent dans la ville pour quémander et cela montre que leurs familles sont, peut-être, vulnérables pour les prendre en charge. La division provinciale travaille avec les associations de prise en charge de cette catégorie de personnes discriminées pour sensibiliser la communauté sur le respect des droits des personnes de 3e âge. Néanmoins, nos moyens sont très limités pour répondre aux désidérata de nos partenaires », confirme-t-elle.

Maitre Longangi Mabeti, défenseur des droits humains renseigne que l’Etat congolais consacre les droits des personnes de 3e âge et, à travers la constitution, exige qu’il y ait des mesures spécifiques pour eux.

« En son article 49, la constitution dispose que cette catégorie des personnes doit bénéficier de certaines mesures spécifiques de protection en ce qui concerne spécialement leurs besoins physique, intellectuel et  moral », précise-t-il.

Selon l’Avocat, les familles devraient encadrer leurs vieillards en intervenant, à leur niveau, aux besoins physiques pour la survie. Au gouvernement de mettre en place des centres de prise en charge des personnes de troisième âge afin que,  quand il se pose un besoin auquel la famille n’est pas à mesure de répondre, le centre intervienne favorablement. L’Etat congolais devrait, également, mettre en place une structure appropriée pour défendre les droits et intérêts des personnes de troisième âge et cela limiterait la discrimination.

Jean-Marie Mulume

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