Sud-Kivu : Le harcèlement sexuel dénoncé dans le milieu professionnel à Bukavu

Dans plusieurs entreprises, organisations humanitaire, dans le secteur public ou privé, le harcèlement sexuel est généralement signalé depuis plusieurs années. Mais les survivantes, par peur de perdre leur emploi, hésitent de porter l’affaire devant les instances judiciaires. Ainsi, des superviseurs véreux en profitent au point d’insécuriser des femmes dans leur emploi. Ce qui est illégal et mérite sanction selon la société civile.

Décembre 2020. Christine, 27 ans vient de finir son test de recrutement dans une entreprise à Bukavu, à l’Est de la République démocratique du Congo.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

” J’avais réalisé un test d’embauche dont j’avais réussi avec succès », témoigne-t-elle. « Le lendemain de l’examen, le chef m’a appelé pour venir prendre les orientations du travail. En entrant dans son bureau, je l’ai trouvé tellement souriant et accueillant. Il m’a posé plusieurs questions auxquelles je répondais avec précision. Ensuite il m’a dit que si réellement je veux avoir ce travail je devais remplir une seule condition qui est de coucher avec lui », raconte-t-elle. Face à son refus de céder aux avances du superviseur, elle a été recalée du poste.

Henriette, elle, a eu plus de chance pour être allée un peu plus loin. En mai 2020, elle a signé son contrat de chargée de communication dans une organisation humanitaire à Bukavu.

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« Mon chef a commencé à me faire des avances. Il me disait que si je me comportais bien avec lui et que j’acceptais de coucher avec lui il m’aiderait à renouveler mon contrat », témoigne-t-elle. « Mais j’avais dit non. Quand mon contrat a expiré, il a refusé de me reprendre alléguant que j’étais improductive », raconte Henriette.

A Bukavu, dans la province du Sud Kivu, plusieurs femmes et filles sont victimes de harcèlement sexuel dans les milieux professionnels. Si certaines ont le courage de dire non aux avances de leurs patrons, d’autres par contre cèdent aux chantages pour espérer conserver leurs emplois ou des avantages y assortis.

Une violence sexuelle

« J’ai été témoin à plusieurs reprises des cas de harcèlement sexuel dans le milieu professionnel. Certains hommes considèrent les femmes comme un instrument sexuel. Malheureusement plusieurs victimes ne dénoncent pas. Ce qui occasionne l’impunité », indique Gracias Buhendwa, chargée de communication dans une organisation sans but lucratif locale.

Selon Me Néné Bintu, vice-présidente de la société civile du Sud-Kivu, le harcèlement sexuel un l’un des éléments qui empêchent l’épanouissement de la femme dans le milieu professionnel au Sud-Kivu et en République démocratique du Congo.

« Plusieurs femmes sont ainsi insécurisé dans leur travail. Elles deviennent comme une proie face à certains hommes véreux. Ce qui est une chose à décourager », indique-t-elle. Pour elle, les responsables des entreprises devaient adopter des politiques claires contre le harcèlement sexuel au travail afin de punir toutes les personnes qui s’en rendent coupable.

Au Sud-Kivu, plusieurs organisations de défense des droits de la femme sensibilisent les femmes à dénoncer tout acte de violences sexuelles perpétré contre elles. C’est le cas de l’Association des femmes des médias, AFEM, une organisation spécialisée dans le plaidoyer contre les violences sexuelles et violences basées sur le genre.

” Nous organisons des sensibilisations pour éveiller la femme par rapport à cette situation. Malheureusement avec le taux de chômage élevé , le manque de moyens, nombreuses femmes sont obligées de garder silence même si elles sont victimes de harcèlement », explique Julienne Baseke, directrice de l’ AFEM.

Elle invite les survivantes à prendre conscience car c’est une autre forme des violences sexuelles qui mérite d’être réprimée. « Toutefois il faut que la justice joue aussi son rôle en sanctionnant les auteurs en cas de dénonciation », reconnait-elle.

Du côté des autorités, on reconnait la persistance de cette situation. Cosmos Bishisha, ministre provincial de la santé, genre et famille regrette toutefois le silence des victimes qui ne veulent pas dénoncer leurs bourreaux.

“Ce qui est un problème les victimes ont peur de dénoncer “, regrette-t-il. Il atteste que le pouvoir fait de son mieux pour éradiquer ce fléau dans le monde professionnel dans la province du Sud-Kivu.

En République démocratique du Congo, la loi réprime le harcèlement sexuel. Selon l’article 174d de la loi sur les violences sexuelles, le harcèlement sexuel est «un comportement persistant envers autrui, se traduisant par des paroles, des gestes soit en lui donnant des ordres ou en proférant des menaces, ou en imposant des contraintes, soit en exerçant des pressions graves, soit en abusant de l’autorité que lui confère ses fonctions en vue d’obtenir de lui des faveurs de nature sexuelle ». Les personnes qui se rendent coupable de cette pratique sont puni d’une peine de prison pouvant aller de un à douze ans et d’une amende.

Mais la loi est claire à ce sujet, indique Me Néné Bintu, vice-président de la société civile du Sud-Kivu. « Les poursuites seront subordonnées à la plainte de la victime. C’est pourquoi nous invitons les filles et femmes qui se retrouvent devant une telle situation à réunir plus de preuves. Ca peut être des messages, ou quoi que ce soit, et à dénoncer les auteurs devant les instance judiciaires », conclu Me Bintu.

Johanna Linda Byenda

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