Le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege a salué mardi 3 mars, l’imposition de nouvelles sanctions américaines contre le régime de Kigali, tout en appelant la communauté internationale à aller plus loin pour mettre fin à la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Dans sa déclaration parvenue à notre rédaction ce même mardi, le médecin congolais estime que les mesures prises par le Département du Trésor des États-Unis contre les Rwanda Defence Force (RDF) et quatre officiers supérieurs rwandais constituent « un pas important », mais insuffisant pour mettre un terme à ce qu’il qualifie de « guerre illégale d’agression et d’occupation » menée depuis novembre 2021 dans l’Est de la RDC.
Des sanctions jugées nécessaires mais incomplètes
Selon Denis Mukwege, ces sanctions pourraient contribuer à modifier le rapport de force sur le terrain, à l’image de la crise de 2012-2013 qui s’était résolue, rappelle-t-il, après de fortes pressions internationales. Il souligne que le Rwanda demeure largement dépendant de l’aide extérieure, ce qui le rend vulnérable aux pressions diplomatiques et économiques.
Le Prix Nobel congolais exhorte ainsi l’ensemble des partenaires internationaux à reconsidérer leurs relations avec Kigali et à adopter des sanctions coordonnées visant à isoler politiquement, diplomatiquement et économiquement le régime rwandais. Il cite notamment la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui exige un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais, la fin du soutien au mouvement M23 ainsi que le démantèlement des administrations parallèles installées dans les zones sous contrôle rebelle.
Plaidoyer pour une réaction des Nations-Unies et de l’Union européenne
Au-delà des sanctions américaines, Denis Mukwege estime que les Nations-Unies ne peuvent continuer à employer, dans le cadre des opérations de maintien de la paix, une armée qu’il accuse d’être impliquée depuis trois décennies dans la déstabilisation de la région des Grands-lacs.
Il appelle également l’Union européenne ainsi que certains États membres, dont la France et la Pologne, à suspendre leur coopération sécuritaire et militaire avec le Rwanda et à geler l’aide budgétaire directe.
Pour lui, la communauté internationale doit mobiliser « tous les leviers disponibles », y compris des mesures ciblant les plus hauts responsables, afin de restaurer le respect du droit international et mettre fin à une catastrophe sécuritaire et humanitaire qui frappe la population congolaise depuis des décennies.
Kigali rejette régulièrement les accusations
De son côté, le Rwanda a, à plusieurs reprises, rejeté les accusations de soutien au M23 et toute implication directe dans l’instabilité à l’Est de la RDC. Les autorités rwandaises soutiennent agir dans un cadre de sécurité nationale et dénoncent ce qu’elles qualifient de tentatives de politisation du conflit.
La crise sécuritaire dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu continue d’alimenter des tensions diplomatiques régionales et internationales, tandis que les populations civiles demeurent les premières victimes des affrontements et des déplacements massifs.
Pour le docteur Mukwege, seule une volonté politique internationale forte, fondée sur le respect strict du droit international, permettra d’ouvrir la voie à une paix durable dans la région des Grands-lacs.
Pacifique Mulemangabo


