La récente vague de démissions au sommet des institutions de la République démocratique du Congo continue de susciter des réactions. Dans une prise de position ferme rendue publique ce samedi 21 mars, le docteur Denis Mukwege s’interroge sur la gouvernance actuelle, dénonçant en même temps un affaiblissement des principes démocratiques.
Après les départs successifs de Vital Kamerhe et de Modeste Bahati Lukwebo, le Prix Nobel de la paix Denis Mukwege estime que ces démissions, bien que possibles en démocratie, posent problème quant à leurs motivations. Selon lui, elles seraient liées à leur opposition à un éventuel projet de révision constitutionnelle porté par certains proches du pouvoir.
Dans son message parvenu à notre rédaction, ce gynécologue congolais rappelle que dans une démocratie normale, les représentants du peuple ont pour mission de contrôler l’action de l’exécutif. Il regrette cependant une situation inverse en République démocratique du Congo où, selon ses propos, « le président sanctionne les députés qui osent exprimer leur désaccord, » évoquant ainsi une véritable inversion des rôles qui fragilise la démocratie.
Le Prix nobel de la paix critique également l’attitude des responsables politiques concernés, qu’il accuse d’avoir affaibli leur position en sollicitant la clémence du chef de l’État, au lieu d’assumer pleinement leurs convictions.
S’adressant directement aux élus, Mukwege pose une question essentielle : « Où est votre dignité ? ». Il invite les représentants du peuple à faire preuve de courage et à défendre les intérêts des citoyens, même au prix de leur carrière politique.
S’appuyant sur la sagesse africaine, il cite des proverbes issus de langues congolaises pour illustrer son propos : « un citoyen digne doit rester ferme, même face aux menaces». Une référence implicite à Patrice Lumumba, symbole de résistance et d’intégrité politique.
Dans un ton à la fois critique et patriotique, Mukwege dénonce également l’hypocrisie d’une partie de la classe politique qu’il accuse de céder à des intérêts personnels au détriment de l’intérêt général.
Enfin, il exhorte le président de la République à ne pas se laisser influencer par des « courtisans » ou « tambourinaires », mais plutôt à écouter sa conscience et la voix du peuple congolais.
Pour Denis Mukwege, l’histoire politique du pays montre que les alliances et les majorités peuvent rapidement évoluer. Il met ainsi en garde les dirigeants actuels, rappelant que « la majorité d’aujourd’hui peut devenir la minorité de demain ».
Dans un contexte national marqué notamment par l’insécurité persistante dans l’Est du pays, cette sortie médiatique résonne comme un appel pressant à la responsabilité, à la dignité et à la défense des valeurs démocratiques.
Pacifique Mulemangabo


