Crise en RDC: J.Kabila menace à nouveau le régime de Tshisekedi

L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila s’est livré à la presse ce vendredi 20 mars à Goma (Nord-Kivu), s’exprimant sur la crise politique et sécuritaire au pays. Entre mise au point sur sa présence à Goma, ville sous occupation de l’AFC/M23 et critiques du régime en place, sa prise de parole relance le débat sur la crise que traverse la RDC.

Joseph Kabila a abordé plusieurs questions sensibles liées à la situation actuelle du pays. Sa présence dans cette ville de l’Est, marquée par l’influence de l’AFC/M23, suscite de nombreuses interrogations sur le plan politique et sécuritaire.

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L’ancien chef de l’État a tenu à dissiper toute polémique, affirmant vivre à Goma dans une maison acquise depuis 1999. Il rejette toute interprétation politique de cette présence et affirme s’inscrire dans une logique de dialogue et de recherche de cohésion nationale.

« Goma, c’est chez moi. Je vous reçois dans la maison que j’ai achetée en 1999. L’acharnement contre ma personne et contre ma famille politique a commencé depuis 2019. Bien avant la naissance de l’AFC/M23. Je considère que je suis en droit d’être en contact et de parler avec tous les congolais en ayant comme objectif principal la cohésion et la recherche de la paix. Pour moi, c’est même une mission,» a-t-il répondu dans un entretien exclusif accordé à La libre Belgique.

Concernant les propos de Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23, qui revendique un rôle dans l’accession au pouvoir de Félix Tshisekedi, Joseph Kabila a préféré ne pas réagir directement : « Je laisse ces propos à Corneille Nangaa », rappellant l’accord signé entre sa famille politique avec le Cash en 2019, une plateforme portée par Tshisekedi et Vital Kamerhe.

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Cependant, il accuse ses anciens partenaires d’avoir rompu cet accord, estimant que les engagements pris n’ont pas été respectés. Une déclaration qui ravive les tensions entre les deux camps politiques.

L’ancien président s’est également montré critique face aux discussions autour d’une éventuelle révision constitutionnelle. Selon lui, la Constitution actuelle est déjà fragilisée par des violations répétées.

Il met en garde contre tout « tripatouillage » susceptible d’aggraver la situation institutionnelle du pays.

« Quelle Constitution ? Pour Kinshasa, elle n’existe pas. Elle est ignorée depuis 2019. Alors, que vont-ils réviser au juste ? Je pense que l’idée c’est l’adoption d’une nouvelle Constitution. Tout ce tripatouillage est dangereux, extrêmement dangereux,» averti l’ex-président de la RDC.

Sur le plan sécuritaire, il a exprimé de vives inquiétudes face à l’évolution de la crise dans l’Est du pays. Il évoque un risque de « soudanisation », en référence à la situation du Soudan, marquée par des conflits prolongés et une fragmentation du territoire.

Kabila a par ailleurs dénoncé ce qu’il qualifie de campagne d’acharnement contre sa personne et sa famille politique depuis 2019. Selon lui, certaines populations civiles, notamment dans des zones comme Masisi et les hauts Plateaux, continuent de payer le prix de cette instabilité.Dans un ton plus ferme, Kabila appelle les Congolais à se mobiliser contre ce qu’il décrit comme une « dictature » et une « tyrannie », évoquant notamment l’article 64 de la Constitution qui autorise les citoyens à s’opposer à toute prise illégale du pouvoir.

« Je ne pense pas à demain, je ne pense à aujourd’hui. Je l’ai déjà dit en mai dernier, il faut mettre fin à cette dictature, cette tyrannie qui vient de s’installer. Et pour y arriver, il faut mobiliser, sensibiliser tous les congolais, qu’ils soient en exil ou à l’intérieur du pays. Il faut que ce soit une mission pour chacun de nous. Et pour en finir avec ce régime, les Congolais ont à leur disposition l’article 64 de la Constitution [Tout Congolais a l’obligation de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou l’exercice en violation de la Constitution], » s’est-il exprimé avec un ton ferme.

Enfin, il a critiqué la position de la Belgique, accusée de soutenir le régime actuel. Il appelle Bruxelles à revoir sa posture, tout en saluant certaines initiatives judiciaires visant à faire la lumière sur la crise congolaise.

La réaction de Joseph Kabila intervient dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement tendu en RDC, où les divergences entre acteurs politiques notamment sur la révision et/ou le changement de la Constitution continuent d’alimenter les débats, avec des divisions internes au niveau de la majorité au pouvoir.

Juvénal MUTAKATO 

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