À Bukavu (Sud-Kivu), les récents incidents survenus à la place de l’indépendance, où les autorités municipales ont entrepris de disperser les marchands informels, suscitent des réactions diverses parmi les habitants. La mesure, qui fait suite à plusieurs avertissements adressés aux commerçants, vise à réguler l’occupation des artères de la ville, mais elle soulève des interrogations sur le respect des droits humains.
Dans les rues et quartiers environnants, les habitants expriment leurs préoccupations. Pour certains, comme Florent Kamba du quartier Nkafu, la démarche municipale est compréhensible dans son objectif, mais « arrêter et frapper des femmes et des enfants me paraît disproportionné ». Aline N’simire, habitante de Kadutu, partage cette inquiétude : « Il faut respecter la loi, oui, mais sans porter atteinte aux droits des personnes. Ces familles essaient juste de survivre. »
D’autres soulignent l’importance de solutions concrètes avant toute interdiction. Jean-Pierre Nshole, du centre-ville, estime que « chasser les gens de leur lieu de travail sans prévoir un endroit digne pour eux crée de la tension dans le quartier ». De son côté, Esther Muko, résidente de Nyawera, appelle à un équilibre : « La sécurité est importante, mais elle ne doit pas se faire au détriment des droits fondamentaux. »
Au fil des discussions dans le quartier, plusieurs habitants expriment un sentiment de frustration face à l’impact de ces opérations sur la vie quotidienne. Alexis Kaka, commerçant occasionnel et habitant de Bagira, note : « Je ne suis pas contre l’ordre, mais voir des jeunes hommes et des femmes arrêtés simplement parce qu’ils veulent gagner leur vie fait réfléchir. Il faudrait que les autorités trouvent un compromis. »
Certaines personnes insistent également sur le rôle de la communication et de la concertation. Josiane Mundikire, habitante de Kadutu, explique : « Si les décisions étaient mieux expliquées et accompagnées d’alternatives, beaucoup de tensions pourraient être évitées. Les habitants veulent comprendre les règles, pas seulement les subir. »
D’autres habitants observent que ces mesures peuvent avoir un impact indirect sur la vie de quartier. Michel Ndoli, rencontré au centre-ville, déclare : « Quand les commerçants sont dispersés, ce sont surtout les familles et les enfants qui souffrent, car ils perdent leurs moyens de subsistance du jour au lendemain. On devrait penser à eux avant de prendre des décisions strictes. »
Enfin, plusieurs habitants soulignent que la ville doit trouver un équilibre entre sécurité et respect des droits. Claire Kabika, trouvée à Nyawera, résume ce sentiment : « Nous voulons tous que Bukavu soit organisée et sûre, mais cela doit se faire sans violence et avec dignité pour tous. Les habitants ne demandent pas l’anarchie, seulement que leurs droits soient respectés. »
Ces réactions croisées montrent que, si les habitants comprennent la nécessité d’organiser l’espace public, ils attendent que cette organisation se fasse dans le respect des droits humains et des réalités sociales des familles dépendant du commerce informel. La majorité plaide pour une approche plus humaine et concertée, qui permette à la fois de maintenir l’ordre et de protéger les moyens de subsistance des habitants.
Pascal MUVUNE, étudiant à l’ETJ


