La duplicité de la Communauté internationale, base de la crise en RDC

La duplicité de la Communauté internationale, base de la crise en RDC

La crise politique actuelle en République démocratique du Congo aurait pour base l’hypocrisie de la Communauté internationale. En tête, l’Amérique manipule deux rivaux de taille ; l’actuel Président Joseph Kabila et Moise Katumbi Tchapwe, après s’être proclamé candidat à la présidentielle prochaine.

Depuis l’expiration du deuxième et dernier mandat du Raïs Joseph Kabila intervenue en 2016 et qui a conduit à des pourparlers entre les acteurs politiques et civiles du pays, la situation s’est compliquée d’avantage due au non-respect des clauses. L’Accord politique de la Saint Sylvestre ordonnait à J.Kabila de conduire le pays aux élections avant fin 2017, ce qu’il n’a pas fait et qui a fâché, à tort ou à raison, plus d’un congolais à l’étranger comme à l’intérieur du pays.

Bien que son mandat soit illégitime, Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, ne veut pas quitter ses fonctions. La crise engendrée par ce bras de fer a plongé la RDC dans une situation dramatique.  De partout, les politiques comme les activistes des droits humains luttent pour lui faire face dont Moise Katumbi, en exil forcé en Europe. Dès lors, l’intervention des Etats-unis considérés comme « faiseurs de rois » en RDC s’avère plus que jamais vitale pour départager les protagonistes.

Très serein, l’ex gouverneur du Katanga bouscule l’occident

Bien d’analystes démontrent une figure incarnant cette dualité à l’opposition. C’est l’ancien gouverneur du Katanga et homme d’affaires Moise Katumbi qui serait prêt à affronter le Chef de l’Etat aux élections prochaines. L’homme d’affaires n’a pas croisé les bras en exil. Il a initié des plaidoyers, des partenariats avec la Communauté internationale et surtout avec des groupes de pressions aux Etats-unis, partenaires incontournables de Joseph Kabila.

Il s’agit des firmes réputées expertes dans le développement de stratégies de relations publiques qui influencent “avec succès l’élaboration des politiques et répondent efficacement aux crises aux niveaux mondial, national et régional.

Plusieurs sources étrangères citées par Politico.cd révèlent que depuis 2015, Moise Katumbi aurait signé 7 contrats aux Etats-unis et à Londres dont 3 concernent directement le candidat du G7 à la présidentielle et 4 liés directement à lui-même. « La valeur totale dépassant 1,5 millions de dollars américains ».

Un contrat du 22 avril 2016 énonce un accord entre Katumbi et une société américaine Akin Gump Strauss Hauer & Feld LLP pour un payement de 30 000$ chaque mois, en vue de l’obtention des élections en RDCongo.

« Je suis heureux de confirmer que nous vous représentons dans le cadre de conseils et de représentation à Washington DC dans le but de recueillir le soutien des États-Unis en faveur de la démocratie en Afrique en général, et des élections libres et équitables en particulier en République démocratique du Congo», dénote le contrat.

Le contrat le plus récent date du 11 septembre 2017 pour renforcer la pression sur l’administration Trump en faveur de l’opposant congolais. Il fait intervenir deux autres firmes américaines DCI Group LLC et RMG Africa Advisors, LLC dont la validité expire le 30 septembre 2018 avec un payement de 45 mille dollars par mois.

« Nos frais pour cette représentation, y compris tous les frais pour les membres de notre équipe, sont forfaitaires et fixés à 45 000 $ par mois », indique le contrat.

A Washington, Le Vice-président du G7, Olivier Kamitatu, aurait signé un contrat avec un autre cabinet américain Ballard Partner entré en vigueur depuis le 22 septembre 2017. Pour un total de 600 mille dollars, ce cabinet devra aussi plaider la cause du candidat président du G7

Les frais seront payés comme suit: la première tranche de 150 000 $ étant dû immédiatement après l’exécution de la présente convention; deuxième versement de 150 000 $ échéant le 15 décembre 2017; et troisième versement de 150 000 $ échéant le 15 mars 2018; un quatrième versement de 150 000 $ échéant le 15 juin 2018“, renseigne le document.

A Londres, la firme Blueprint  Communications, LLC a été retenue pour mener des actions en faveur de l’opposant congolais.  A raison de 25 000 USD par mois, cette société organise des visites pour Katumbi à Washington, « tout en s’assurant que ce dernier rencontre des représentants des institutions des Etats-Unis, y compris ceux du Pentagone, ou encore de la Justice ».

Des plaidoyers aux sanctions des officiels congolais

 

Les fruits du lobbying du richissime Moise Katumbi ont été visibles d’il y a une année. Pour exiger le départ de Joseph Kabila, c’est l’ancien locataire de la maison blanche, Barack Obama, qui a mené en premier une lutte jusqu’à la fronde de certains pays membres de la communauté internationale.

Washington a adopté plusieurs sanctions contre des proches du président congolais, en gelant leurs avoirs et leur interdisant de fouler le sol américain. Cela a été perçu comme un coup de foudre par les officiels congolais et a aggravé la tension jusqu’à influencer la Justice congolaise à rebondir dans le dossier opposant Moise Katumbi contre le Grec Stouppis.

Pour pencher la balance, le pouvoir de Kinshasa n’est pas resté, toutefois, sous silence et a jugé mieux riposter.  Il a signé un contrat avec MER Security and Communication Systems, une société israélienne spécialisée dans la sécurité et les nouvelles technologies pour un contrat de 5 575 000 dollars, valable du 8 décembre 2016 au 31 décembre 2017.

Le « passage d’espoir » de Nikki Haley tourné en vinaigre pour le peuple congolais

Alors qu’aucun Congolais ne s’y attendait, après le passage de l’émissaire de Donald Trump en République démocratique du Congo, Nikki Haley, le duel semble tourner en faveur de Kinshasa. L’Ambassadrice accepte le report des élections jusqu’à la fin 2018. Et pourtant, cette proposition n’est jamais la bienvenue dans les oreilles du Sénat américain.

A souligner qu’en octobre dernier, dans une lettre au président Donald Trump, sept Sénateurs démocrates américains dont Cory Booker, lui demandaient « utiliser tous les outils disponibles pour faire face à des crises politiques, de sécurité et humanitaires de plus en plus inquiétantes » pour mettre fin à la crise politique et sécuritaire en République démocratique du Congo.

Un officiel congolais rassure que ce n’est pas seulement en Amérique qu’on peut obtenir la chance de devenir président.

« Je crois qu’il [Moïse Katumbi] s’est fait sérieusement avoir dans ce gaspillage d’argent aux Etats-Unis pour ternir l’image même de notre pays. On va pas en Amérique pour demander à être fait Président, c’est absurde. C’est les Congolais qui décident et visiblement, après la visite de Nikki Haley, même les Etats-Unis n’en veulent pas », a commenté un diplomate congolais sous anonymat.

Dès lors, la donne a été compliquée. Le slogan « Transition sans Kabila » proné par l’opposition politique sous la houlette de Moise Katumbi divise les congolais entre eux et les sénateurs américains entre eux, jusqu’à ce jour. Obtiendra-t-on son départ ? des sources diplomatiques congolaises objectent.

« Nous avons investi pour redorer l’image de notre pays, je ne peux pas le nier. Mais c’est l’argent de l’Etat utilisé pour défendre ses intérêts, alors que les autres nous savons bien d’où viennent leurs fonds (…)  Nous avons obtenu de nos amis américains une compréhension plus claire de la situation au pays. Mais cela ne veut pas dire que nous quémandons l’intervention américaine. Non, nous traitons en respect mutuel et nous nous comprenons », clarifie un diplomate.

Très rassuré d’obtenir l’appui américain, Kinshasa ordonne la publication du calendrier, fixant la tenue des scrutins au 23 décembre 2018.

Là aussi, l’opposition et la majorité présidentielle ne s’accordent pas. Faudra-t-il le retour des Etats-unis pour un accord entre les protagonistes ? s’interroge un analyste qui « doute de  l’influence américaine pour obtenir l’alternance » en République démocratique du Congo.

Jean-Marie Mulume

Jambo1

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