Bukavu : la ville entre les flammes et l’asphyxie, un cri d’alarme!

Bukavu, havre de paix jadis surnommée la Suisse du Congo, se consume aujourd’hui sous les assauts répétés des incendies. Depuis le début de l’année 2024, près de 20 sinistres ont réduit en cendres des quartiers entiers, faisant de lourdes pertes humaines, matérielles et psychologiques. A raison de deux incendies par jour, la cité autrefois verte étouffe sous une épaisse fumée noire, ses habitants livrés à l’angoisse et à l’incertitude.

En 2023, les causes des incendies semblaient claires : “Daulage”. Le raccordement frauduleux à l’électricité, pratique courante dans les quartiers précaires, constituait le principal suspect. Mais aujourd’hui, le système de raccordement “cash power” qui se répand a vitesse peut faire changer le narratif.
Face à la multiplication des sinistres et à leur violence croissante, les explications s’avèrent plus complexes.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

La prolifération des panneaux solaires, souvent installés de manière anarchique et sans respect des normes de sécurité, alimente les débats. Certains évoquent également des actes de malveillance, voire des causes surnaturelles, comme des sorts jetés. “ hewa mbaya ”

Face à ce fléau, les autorités semblent dépassées. Le maire de la ville, pourtant habitué à gérer les défis urbains, se retrouve impuissant face à la loi de la nature.

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Les responsabilités s’échangent entre la mairie et la protection civile, sans qu’aucune solution concrète ne se dessine. Les habitants, eux, assistent impuissants à la destruction de leurs biens et de leur environnement, livrés à eux-mêmes face à la dangerosité des flammes.

Le gouverneur de province, fraîchement investi, se voit confronté à un nouveau front d’urgence. Entre les routes délabrées, l’insécurité grandissante, la corruption endémique et les constructions anarchiques, la lutte contre les incendies s’impose comme une priorité absolue. Face à l’ampleur de la tâche le professeur Jean-Jacques Purusi et son équipe gouvernementale, vont-ils s’en sortir ? Wait and see.

La rédaction de jambo, témoin impuissant de ce drame, lance un appel pressant aux autorités et à la communauté nationale. Il est temps d’agir, et de le faire vite, avant que Bukavu ne se transforme en un brasier incontrôlable.

La tribune éditoriale de votre radio, pense que des mesures urgentes s’imposent, entre autres,

Sur le court terme :

* Dotation de chaque commune d’un véhicule anti-incendie et d’une équipe de pompiers formés. Actuellement, seule la commune de Kadutu possède un véhicule anti-incendie fonctionnel, pour une ville qui compte plus de deux millions d’habitants. Cette carence en moyens de secours est inacceptable et doit être comblée de toute urgence;

* Lancement d’une campagne de sensibilisation de grande envergure sur les dangers des incendies et les bonnes pratiques en matière d’électricité et de panneaux solaires. Cette campagne doit cibler l’ensemble de la population, en particulier les habitants des quartiers précaires, et impliquer les autorités locales, les organisations de la société civile et les médias;

* Renforcement du contrôle des installations électriques et des panneaux solaires. Des inspections régulières doivent être menées par des experts qualifiés afin de garantir la conformité des installations aux normes de sécurité.

A long terme :

* Mise en place d’une politique de désengorgement de la ville. Bukavu est une ville densément peuplée, avec des quartiers construits anarchiquement sur des terrains en pente. Cette configuration urbaine favorise la propagation des incendies. Il est donc nécessaire de relocaliser une partie de la population vers des zones moins denses, en veillant à un aménagement urbain respectueux de l’environnement et des normes de sécurité;

*Aménagement des terrains libérés par les incendies en espaces publics (terrains de sport, jardins…). Ces espaces verts permettront de créer des zones tampons entre les habitations et de contribuer à l’amélioration du cadre de vie des habitants;

* Promotion des énergies renouvelables et durables.  Le développement de l’énergie solaire doit s’accompagner d’un encadrement strict et d’un accompagnement des populations pour garantir une utilisation sûre et responsable.

Bukavu suffoque, victime à la fois du changement climatique et de l’imprévoyance humaine.

Les incendies, les inondations, les érosions des sols ne sont qu’une réponse naturelle à notre irresponsabilité ; des catastrophes naturelles qui se multiplient, nous rappelant brutalement la fragilité de notre environnement.

Attention, personne ne connait jusque là, ce que sera le majestueux lac Kivu, sur lequel les riches arrivistes de Bukavu ne cessent de construire des maisons, et les habitants environnants le transforment en dépotoir public.

Un seul remède, prendre conscience de nos responsabilités et d’agir pour préserver la ville qui nous abrite. Ainsi, nous pouvons faire de Bukavu une cité résiliente et durable.

Héritier MUTIMANWA

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