Tribune : vers la fin de la surveillance électronique avec l’avènement de Starlink

Par Trésor Maheshe Musole

À l’occasion du sommet mondial sur le numérique tenu à Washington le 18 mars 2025, le ministère des Postes, Télécommunications et Numérique de la République démocratique du Congo a rencontré les représentants de Starlink pour discuter autour de la connectivité satellitaire, d’évaluer les besoins en infrastructures numériques du pays et d’examiner les modalités d’une éventuelle collaboration.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

Selon le communiqué de presse du ministère, « Le ministre a réaffirmé son engagement à explorer une collaboration avec Starlink pour connecter les écoles, les centres de santé et les localités isolées,». 

Starlink, filiale de SpaceX, a présenté ses capacités et ses expériences réussies dans d’autres pays africains, soulignant la possibilité de fournir un accès Internet haut débit grâce à sa technologie satellitaire avancée.

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Par son communiqué du 2 mai 2025, l’ARPTC accorde à Starlink DRC une licence de réseau et services de télécommunications. Cette mesure présente deux intérêts du point de vue de la démocratie numérique.

D’une part, elle permet de réduire la fracture numérique. la RDC présente une situation peu reluisante dans le domaine de l’accès à l’internet. Des études récentes ont démontré que l’utilisation des NTIC ne cesse d’y croitre.

En effet, avec une population de 88,11 millions d’habitants et d’un taux d’urbanisation de 44 %, le taux de pénétration mobile y est estimé à 40 %, 19 % pour la pénétration internet et de 3,5 % d’utilisateurs actifs des médias sociaux (AE, TP, & Ritimo, 2020 ; CIPESA, 2016).

La RDC a élaboré un Document de Politique sectorielle (DPS) des télécommunications depuis 2009 et prévoit d’informatiser tous ses services d’ici 2030 et de connecter 90 % de sa population d’ici 2050 (Plan National du Numérique, 2019).

D’autre part, elle va limiter la surveillance électronique. les acteurs politiques et ceux de la société civile font souvent l’objet d’une surveillance excessive de la part des services de sécurité. À part les autorités étatiques, certaines entreprises privées interviennent ou facilitent la surveillance des données numériques des citoyens.

Les plus impliquées demeurent souvent celles œuvrant dans le domaine de télécommunication. Il y a en effet cinq opérateurs de télécommunication en RDC : Airtel, Vodacom, Orange, Africell et Standard. Tous offrent des services d’appels et de données, ce qui leur permet d’accéder aux données personnelles de leurs abonnées, soit de 56 % de plus ou moins 80 millions de Congolais.

Ces opérateurs reçoivent souvent « de la part du gouvernement congolais, jusqu’à 385 demandes des informations personnelles de clients. Les demandes comprennent des détails sur les appels (durée, personnes appelées, etc.), les données d’identification de l’appelant (nom, adresse, date de naissance, etc.), les données GPS du client, les informations de facturation, etc. » (CIPESA, 2016).

Avec l’avènement de Starlink, ces intrusions dans la vie privée devront baisser. Il y a lieu d’espérer, parce que le gouvernement aura de la peine à exercer la souveraineté numérique une fois l’autorisation accordée. Selon les données qualitatives à notre possession, le gouvernement impose aux opérateurs de télécommunication d’intégrer dans leur staff les agents de sécurité pour organiser cette surveillance électronique. Cependant, cet espoir doit être tempéré au regard de la politique de confidentialité de Starlink.

Selon cette politique, Starlink peut partager les renseignements personnels des usagers avec les organismes gouvernementaux ou d’application de la loi lorsque la loi l’exige. Or, en RDC, la loi accorde aux services de sécurité la compétence d’assurer la surveillance électronique. Selon l’article 3 du Décret-Loi n° 003-2003 portant création et organisation de l’Agence nationale de renseignements (ANR), cette dernière — l’ANR — a pour mission de veiller à la sûreté intérieure et extérieure de l’État. Il en ainsi du Conseil national de cyberdéfense (CNC).

En définitive, l’avènement de Starlink ne devra pas mettre fin à la surveillance électronique des citoyens. L’État devra s’adresser à Starlink pour toute question.

 

Cette recherche a été menée grâce à l’appui du programme Global professorship de la British academy ( Numéro de subvention GP/400069)

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