Sud-Kivu : les enfants de 6 à 23 mois sont plus touchés par la malnutrition en cette période de crise dans la zone de santé de Kadutu

La province du Sud-Kivu fait face à une crise nutritionnelle depuis février  2025 à  l’entrée du mouvement du 23 Mars. La zone de santé de Kadutu dans la ville de Bukavu n’a pas échappée à cette situation désastreuse qui accentue le taux de mortalité sur le plan nutritionnel. Les personnes les plus touchées par cette situation en cette période de crise sont notamment les enfants dont leurs âges varient entre 6 à 23 mois.

Les femmes enceintes et allaitantes de cette partie de la province du Sud Kivu lancent un cri d’alarme sur la sécurité alimentaire qui se dégrade du jour au lendemain à Bukavu. Ces derniers laissent entendre que depuis le début de la guerre, la ville de Bukavu  en général et particulièrement la zone de santé de Kadutu a accueilli des milliers de déplacés de guerre qui ont fui les affrontements entre des Forces armées congolaises (FARDC) avec le M23 dans des territoires.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

La plupart des populations ont abandonné leurs champs en s’installant en ville, chose qui met en hausse les denrées alimentaires et les produits de première nécessité qui ne sont plus visibles en grande quantité. Selon une enquête  menée par la Division provinciale de la santé (DPS), le taux de la malnutrition est en hausse dans la zone de santé de Kadutu depuis le début de la guerre au Sud Kivu. La grande partie des ménages ne mange plus comme il faut et les autres passent la nuit ventre creux.

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Contacter à ce sujet Madame Wivine Bora, habitante du quartier Nyamugo dans la zone de santé de Kadutu et mère des neufs enfants, nous fait un point sur  la situation nutritionnelle actuelle dans cette partie de la ville de Bukavu. Celle-ci fait savoir que depuis la période de guerre à l’Est de la RDC, la vie est devenue chère et  très difficile, les parents ne savent plus où recourir car tout a été réduit en néant, les frais scolaires, les mangers de chaque jour, les loyers et la maladie ne dit plus son mot. Pour elle, trouver quoi mettre sous la dent, c’est devenu un miracle divin, vu que toutes les activités ont été réduites à zéro à cause de la guerre.

« Depuis l’entrée du M23 dans la ville de Bukavu tout à changer négativement en un cout, aujourd’hui nous mangeons difficilement, j’allaite des jumeaux  et on nous recommande de manger au moins trois fois par jour pour que les bébés aient du lait maternel en respectant les aliments à quatre étoiles mais c’est très difficile actuellement de manger même deux fois par jours car on ne trouve plus la nourriture, tout est devenu chers et nos maris n’ont plus du travail. Ce dernier temps, si on trouve cinq milles francs congolais on achète les légumes seulement avec un peu d’huile et un kilo de farine pour manger seulement la nuit. Avant, nos maris travaillaient et nous-mêmes ont se débrouiller avec le peu d’argent que les coopératives de micro crédit nous empruntaient  et cela nous permettaient de trouver quoi manger et acheter la farine de la bouillie ou encore d’autres aliments de compléments pour nos enfants de 6 à 23 mois mais aujourd’hui on n’a plus où faire recours car toutes les banques ont été fermées et la situation est devenue plus dure qu’avant, ».

Elle ajoute en disant que dans la zone de santé de Kadutu, il y’avait des organisations non gouvernementales qui intervenaient dans le domaine de nutrition en leurs apportant de l’aide en terme d’enseignement et activités génératrices de revenues mais toutes ses organisations ne sont plus visibles à cause de la guerre.

De son côté Monsieur Jackson Cizungu président du Comité de développement de l’Aire de santé  de Kadutu indique que la population se trouve dans une situation de crise économique car la plupart des ménages vivent des petits  commerces, élevage des  petits bétails, des petits jardins et une grande partie est en chômage. Il signale qu’actuellement moins des  parents respectent les aliments à quatre étoiles  et les enfants ne mangent plus à leur faim, cela soit une fois par jour soit passer la nuit ventre creux.

« Actuellement trouver à manger est devenu comme un joyeux anniversaire dans certaines familles, cette situation engendre trop des conflits, il faut qu’il ait des interventions humanitaires urgentes pour cette population, si non on va bientôt assister à des catastrophes liées à la famine dans notre zone de santé, ».

Par ailleurs le Docteur Luc Bashwira directeur provincial du projet multisectoriel de nutrition et santé dans la province du Sud Kivu lance un cri d’alarme sur la situation sécuritaire alimentaire qui reste à désirer  pour la zone de santé de Kadutu. Il relève que Kadutu est l’une des zones de santé avec une prévalence nutritionnelle élevée, cette situation fait en sorte qu’elle soit déclarée comme une zone en urgence nutritionnelle avec un pourcentage de 2,6% sur le plan national depuis la mise en œuvre en 2024 du PMNS à Kadutu.

«  Nous étions en intervention dans la zone de santé de Kadutu dans la nutrition à assise communautaire et l’UNICEF  dans la prise en charge et avec cette situation sécuritaire qui a affecté presque tous les partenaires dont le PMNS aussi qui accompagnait les femmes et les enfants dans le cadre de fenêtre d’opportunité des milles premiers jours pour prévenir la malnutrition chronique qui affecte sérieusement cette population qui été déjà dans une situation grave y ajoutant encore la situation de guerre ou les partenaires se sont retirés et les tissus économiques détruits avec les pillages, la fermeture des banques, des activités avec la situation socio-économique qui ne tourne pas normalement vous comprenez que ça affecte directement  tous les enfants. Par rapport aux enfants de 6 à 23 mois, c’est vraiment une catégorie très vulnérable et maintenant que les partenaires d’appuis sont partis, il y a plus d’intra nutritionnel dans les structures de santé que ça soit dans les UNTI ou encore à l’UNTA ce qui fait que ces enfants de 6 à 23 mois deviennent de plus en plus vulnérables et le taux de mortalité s’alourdi par ce qu’ils n’accèdent plus ni à la prévention ni à la prise en charge, ».

Bashwira souligne que les conséquences sont énormes  parmi lesquelles la morbidité liée à la malnutrition augmente et la mortalité de ses enfants augmente à court terme et à la longue ses enfants seront exposés à la malnutrition chronique qui pourra affecter toute leur vie sur le plan scolaire, professionnel et même reproductive.

L’assistant technique au programme national de nutrition au Sud Kivu Mr Kabwika Lenkwa explique que la sécurité alimentaire s’est définie comme une disponibilité des aliments en quantité et cela à tout moment, chose qui n’est plus réelle  dans la province  du Sud Kivu. Pour lui en cette période de crise, on devrait monter un plan de contingence à l’intention des enfants et recourir aux stratégies de l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant dans le contexte d’urgence à travers un appui qu’on peut les apporter mais aussi voir quels aliments disponibles dans le milieu et lors que ses aliments n’arrivent plus à couvrir on fait recours à d’autres micro nutriment dans lesquels ont ajoutent dans les aliments pour enrichir et diversifier les aliments pour pouvoir répondre au besoin nutritionnel de ses enfants.

« Dans le contexte actuel,  on doit recourir aux micronutriments en poudre soit le plaput dose et qui devrait être enrichit pour répondre au besoin et assurer une bonne croissance. Quoi qu’il n’y ait pas des données exactes, actuellement une dégradation de l’état de santé de la nutrition s’observe du faite que les aliments qui nourrissent la ville proviennent de l’intérieur où  il y a beaucoup d’affrontements et cela fait en sorte que les aliments qui devraient alimenter la ville n’arrivent plus en grande quantité. Pour pallier à ses problèmes il faut qu’on développe la stratégie d’appuie d’intervention dans le contexte  actuel d’urgence pour l’alimentation de ses enfants aussi favoriser la supplémentation des enfants en vitamine A. Pour moi je dis que ce couloir humanitaire qui n’est  soit pas ouvert  actuellement  continue d’aggraver la  situation sanitaire et nutritionnelle au Sud Kivu. Connaissant ce qui se faisait déjà à Kadutu avec le projet multisectoriel de nutrition et santé ou la communauté bénéficié déjà l’organisation communautaire et autres, il y a quand même les acquis sur lesquels la population peut faire recours et cela leur permettra de pouvoir se maintenir dans le cadre de la résilience,» a-t-il expliqué.

Kabwika fait savoir que la Division provinciale de la santé apporte sa contribution dans la communication au tour des ménages à travers les membres de cellule d’animation communautaire qui sont opérationnelle dans la zone et collabore avec des radios locales pour diffuser les messages autour de l’alimentation du nourrisson et du jeune enfant se basant sur les trois piliers dont l’allaitement optimal, l’allaitement maternel exclusif et l’allaitement maternel continue.

Il appelle en outre les autorités compétentes à pouvoir rétablir la paix sur toute l’étendue  du pays en général et l’Est de la RDC en particulier où les enfants meurent aujourd’hui dans plusieurs unités de prise ne charge à cause de la famine.

Luc Bashwira par contre lance un appel de secours pour la population de l’Est qui vit dans le désespoir en cette période de guerre et demande à toute personne de bonne volonté, aux autorités et aux organisations non gouvernementales d’apporter une aide humanitaire dans des structures sanitaire  de Kadutu en les approvisionnant en intrants pour la prise en charge de la malnutrition car l’avenir de ces enfants en dépend.

Il sied de noter que plusieurs organisations non gouvernementales ont déjà sollicité l’ouverture d’un couloir humanitaire pour venir en aide à la population de l’Est, mais aucune réaction concrète n’a été faite par les parties au conflit.

Natasha Balegamire

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