Sud-Kivu : le gouvernement absent dans la prise en charge des survivantes des violences sexuelles et celles basées sur le genre

Sud-Kivu : le gouvernement absent dans la prise en charge des survivantes des violences sexuelles et celles basées sur le genre

La République Démocratique du Congo particulièrement dans sa partie Est, des guerres à répétitions y sont enregistrées avec des conséquences directes sur les femmes qui subissent des actes de violences sexuelles par les belligérants.  Depuis des décennies, la population semble être vouée à son triste sort car les survivantes si les organisations internationales ne les prennent pas en charge, celles-ci sont abandonnées.

La représentante des survivantes du Sud-Kivu, Tatiana Mukanire, qui a elle-même été victime de ces atrocités, témoigne que l’Etat a démissionné dans ce secteur car il ne prend en charge aucune survivante.

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« L’absence de l’Etat persiste dans les violences sexuelles et celles basées sur le genre. Les survivantes ne sont pas prises en charge par le gouvernement. Elles restent traumatisées si aucune organisation ne l’a pointé du doigt. Cela contribue dans sa non réparation car ici aussi, nous continuons à décrier l’absence manifeste de l’Etat. Plusieurs survivantes ont des dossiers au parquet qui parfois sont classés sans suite, mais aussi qui voient leur bourreau relâché soit par influence soit sous motif qu’il n’a y a pas assez de preuves », souligne Tatiana Mukanire.

Tatiana regrette que malgré les plaidoyers menés auprès des autorités dans ce sens, rien n’est fait jusque-là.

« Nous avions eu plusieurs échanges avec les autorités pour la prise en charge des survivantes, mais comme vous le savez c’est toujours des promesses qui jusqu’à aujourd’hui n’ont pas encore abouties. Les organisations nationales et internationales continuent à prendre en charge les survivantes mais ce n’est pas suffisant car le vide sera ressenti lorsqu’elles ne seront plus là », renseigne Tatiana Mukanire, représentante des survivantes au Sud-Kivu.

Ce sentiment de désespoir est aussi ressenti dans le chef du responsable de la composante droit de l’homme au bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu. Blaise Bubala car c’est de lui qu’il s’agit, martèle que; « au Sud-Kivu, il n’y a aucune assistance de l’Etat pour les survivantes des VSBG. Seules les ONG s’y intéressent ».

Celui-ci renseigne que l’absence d’une bonne prise en charge holistique des survivantes, peut être ressentie dans leurs vies sur plusieurs plans.

« D’abord, ces femmes sont victimes des violences physiques, psychologiques et économiques aussi. Alors, avec le manque d’une prise en charge holistique, elles vont rester traumatisées et ne seront pas stables sur le plan comportemental. Mais aussi, certaines développent d’autres maladies par manque de soin et sur le plan social, elles se sentent rejetées », rappelle Blaise Bubala.

Il souligne que les organisations de défense de droits de l’homme poursuivent avec le monitoring des cas et le suivi des certaines victimes qui sont référées à différentes structures de prise en charge.

Blaise Bubala, préconise à l’Etat congolais de travailler sur la politique de réparation et mettre fin aux obstacles de justice dont font face les survivantes.

« L’aide que fournissent les ONG aux survivantes n’est pas suffisante, car elles peuvent intervenir sur la prise en charge médicale et psychosocial par exemple, mais pour ce qui est de la réparation, c’est la charge de l’Etat congolais. C’est à lui de développer des mécanismes de réparation et de justice pour les survivantes mais aussi la RDC doit travailler pour réduire la procédure de justice et mettre fin aux obstacles dont font face les victimes une fois à la justice. L’Etat doit mettre en pratique la politique d’accompagnement des survivantes sur tous les volets, économique, psychologique, social, médical et légal », a renchérit Blaise Bubala, responsable de la composante droit de l’homme au bureau de coordination de la société civile.

L’article 14 de la constitution de la RDC stipule que ; «Les pouvoirs publics veillent à l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme et assurent la protection et la promotion de ses droits ».

Pour Me Aimé Mufungizi avocat au Barreau de Bukavu, l’absence de l’Etat dans la prise en charge des survivantes des violences sexuelles et basées sur le genre, pousse les survivantes à être plus vulnérables et sujets des discriminations dans la société.

« L’abandon de l’Etat victimise davantage les survivantes dans la société. On ne  fait que les coller des étiquettes au sein de la société et les gens ont tendance à les négliger », explique-t-il.

« L’Etat doit s’occuper du bourreau mais aussi, de la survivante à travers une prise en charge dans un centre pour  faciliter sa réintégration sociale. Cela permettra de changer l’image dans la survivante dans la société car elle deviendra une personne de référence après apprentissage d’un métier qui la rendra utile ».

Par ailleurs, le bureau de la commissaire en charge du genre au Sud-Kivu, ne nie pas les faits. La secrétaire particulière de la commissaire, affirme que le besoin est réel pour la prise en charge des survivantes par l’Etat congolais, mais vue que la solution semble être lointaine, l’on se réjouit de la bonne collaboration entre l’Etat et les ONG.

« Nous savons que notre province manque de centres d’accueil pour la prise en charge des survivantes des violences sexuelles. Mais comme vous le savez, l’Etat congolais a des bonnes relations avec toutes les ONG nationales et internationales qui travaillent dans ce secteur. Nous continuons à mener des plaidoyers afin que nous puissions disposer aussi des centres d’accueil propre à l’État. Et nous pensons que les plaidoyers seront fructueux », précise Marielle Lutombo, secrétaire particulière de la commissaire en charge du genre.

Me Aimé recommande à l’Etat d’accompagner les survivantes sur tous les plans jusqu’à leur indemnisation. « Que l’Etat au-delà de s’occuper seulement du bourreau, qu’il  prenne en charge également les survivantes en chassant qu’elles ont perdues quelques qui doit être compensé à travers un encadrement digne ».

Esther Kanga, JDH.

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La Rédaction JamboRDC

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