Deux organisations estudiantines du Sud-Kivu se disputent autour de la question de l’intégrité territoriale de Kalehe. D’un côté, la Communauté des étudiants ressortissants de Kalehe (CEREKA) dénonce fermement ce qu’elle qualifie de « manœuvres séparatistes ». De l’autre, l’Union des étudiants et élèves Batembo du Sud-Kivu (UEEBa) rejette ces accusations et défend des revendications qu’elle juge légitimes.
Dans une déclaration officielle rendue publique le 24 mars à Bukavu, et consultée par notre rédaction, la CEREKA exprime sa profonde inquiétude face à ce qu’elle considère comme une tentative répétée de division du territoire de Kalehe.
Elle affirme que ces initiatives, menées selon elle sous couvert de réformes administratives opportunistes, menacent l’unité et la cohésion sociale. La CEREKA rappelle que des tentatives similaires avaient déjà été observées durant les périodes de guerre, notamment sous l’influence du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), visant à détacher certaines entités du territoire.
Elle insiste sur le fait que ces démarches, jugées illégitimes, avaient été rejetées au profit du maintien de l’unité territoriale. Dans ce contexte sécuritaire déjà fragile au Sud-Kivu, la structure estudiantine met en garde contre toute initiative susceptible d’exacerber les tensions communautaires.
Elle considère ces démarches comme « irresponsables et dangereuses », appelant la population, en particulier la jeunesse, à la vigilance et au rejet de toute tentative de manipulation.
Par ailleurs, cette organisation estudiantine réaffirme son attachement à l’unité de Kalehe et réitère son soutien aux autorités coutumières locales, notamment au Mwami de Buhavu, qu’elle présente comme un acteur clé dans la promotion de la paix et de la cohésion sociale.
En réaction, l’Union des étudiants et élèves Batembo du Sud-Kivu (UEEBa) a publié, le 23 mars, une déclaration exprimant son désaccord avec la position de la CEREKA.
Elle estime que cette dernière ne reflète pas un consensus interne et la qualifie de prise de position « unilatérale ». L’UEEBa rejette catégoriquement les accusations de séparatisme et soutient les revendications portées par le député national Didier Kutumaini, élu de Kalehe à Bunyakiri.
Selon cette organisation, ces revendications s’inscrivent dans une logique de justice administrative, de reconnaissance identitaire et de développement local.
Elle souligne que la communauté Batembo exprime depuis plusieurs décennies un besoin de reconnaissance territoriale, fondé sur des considérations historiques, culturelles et administratives.
Pour cette structure, ces aspirations ne constituent pas une menace pour l’unité nationale, mais plutôt une opportunité de renforcer la gouvernance locale et l’inclusion.
Dans ce climat de divergence, l’UEEB a mis en garde contre toute tentative de discrédit des revendications des Batembo, estimant que cela pourrait freiner le débat démocratique et les initiatives de développement.
Cette opposition de points de vue met en lumière la sensibilité des questions liées à l’organisation territoriale et aux identités locales dans une province déjà fragilisée par l’insécurité.
Elle souligne également la nécessité d’un dialogue inclusif afin d’éviter toute escalade des tensions et de préserver la paix dans cette entité.
Elvine CIZA


