RDC-M23: la déclaration de principes, les deux parties s’opposent déjà dans l’interprétation des engagements pris

Après la signature d’une déclaration de principes entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, ce samedi 19 juillet à Doha, sous la médiation du Qatar, chaque partie semble déjà en avoir une lecture différente autour des engagements prix les deux parties.

En effet, la signature de ce document est saluée par plusieurs observateurs à travers le pays, comme une percée attendue dans la recherche de la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo. Mais dès les premières heures suivant sa signature des tensions sont apparues autour de l’interprétation de certains engagements pris.

A en croire le communiqué conjoint largement relayé sur les réseaux sociaux l’avant-midi, le gouvernement congolais et l’AFC/M23 ont pris dix engagements majeurs : un cessez-le-feu immédiat (1), un retrait progressif et encadré des éléments du M23 (2), intégration de certains cadres de la rébellion dans les institutions politiques (3), réinsertion sécuritaire (4), une amnistie sélective (5), suspension des poursuites judiciaires contre certains membres de la rébellion (6), retour sécurisé des déplacés (7), désengagement de toutes les alliances extérieures (8), dialogue intercommunautaire (9) et la création d’un comité de suivi (10).

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Si  la signature est accueillie comme une victoire diplomatique par le gouvernement à Kinshasa, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya a rappelé sur la chaine nationale et ses plates-formes numériques que:

« Cette déclaration tient compte des lignes rouges défendues, notamment le retrait non négociable de l’AFC/M23 des parties occupées, suivi du déploiement de nos institutions (FARDC, PNC, justice, administration), ».

Pour le ministre de la Communication et Médias, la priorité reste donc la restauration totale de la souveraineté congolaise sur les zones actuellement contrôlées par le mouvement rebelle. Cette déclaration semblait envoyer un message clair : aucun compromis sur le retrait du M23 ne sera toléré.

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Cependant, du côté de l’AFC/M23, la réaction ne s’est pas fait attendre. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le secrétaire exécutif de l’AFC/M23 et chef de la délégation du mouvement rebelle au Qatar, Benjamin Mbonimpa, a répondu sans détour aux propos de Patrick Muyaya, sans toutefois le nommer.

« Nulle part dans la déclaration de principe, on a dit que l’AFC/M23 va se retirer. Nos populations peuvent se calmer et bénéficier et jouir de la paix qu’ils ont, de la sécurité parce que l’AFC/M23 ne va reculer même pas d’un seul mètre. Nous restons là où nous sommes, contrôlons les zones que nous avons pendant qu’on se rencontre pour discuter des causes profondes, parce que jusque-là dans la déclaration de principes, il n’a pas été question de toucher les causes profondes du conflit. Il y en a beaucoup et on se donne le temps pour qu’on puisse travailler sur cette question, » a-t-il rétorqué.

Pour Mbonimpa, la priorité ne semble donc pas être le retrait, mais plutôt un dialogue de fond sur les origines du conflit, qu’il estime encore ignorées dans la déclaration signée.

Dans le même esprit, Bertrand Bisimwa, coordonnateur adjoint de l’AFC/M23, a tenu à faire une mise au point plus formelle pour clarifier la position de son mouvement. Il a déclaré :« La déclaration des principes signée ce jour à Doha prévoit notamment la restauration de l’autorité de l’État sur toute l’étendue du territoire national : il ne s’agit pas de retrait mais de mécanismes de capacitation de l’État le rendant à même d’assumer ses prérogatives, obligations,».

Ces divergences dans l’interprétation de cet accord de principes censé mettre fin à la violence à l’Est du pays, mettent en lumière les premières failles dans la compréhension commune du document signé à Doha. Pendant que Kinshasa insiste sur un retrait immédiat et le rétablissement sans délai de son autorité, le M23 parle plutôt de mettre en place des « mécanismes » pour permettre à l’État de reprendre ses fonctions progressivement, sans céder pour autant les zones sous son contrôle.

Ces contradictions illustres la complexité de la suite des discussions avant d’aboutir à la signature d’un accord de paix d’ici le mois d’août. La médiation qatarie et américaine, qui a réussi à obtenir la signature de cette déclaration de principes, sera probablement mise à rude épreuve dans les prochains jours pour éviter que ce texte ne devienne un simple papier sans effet.

Rédaction

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