L’espace civique à l’Est de la République démocratique du Congo est le théâtre des violences persistantes. L’offensive du groupe armé AFC/M23, dans cette partie du pays, notamment dans la province du Sud-Kivu depuis février 2025, a entraîné mort d’hommes, violations des droits humains et a provoqué le déplacement massif de milliers de personnes.
En effet, à la mi-février 2025, le groupe armé AFC/M23 a pris le contrôle de la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, s’assurant ainsi la domination de la région au tour du lac Kivu et la frontière de la RDC avec le Rwanda, après la chute de Goma fin janvier de la même année.
Entre les 14, 15, et 16 février les autorités civiles et militaires ainsi que les alliés des Forces armées congolaises (FARDC), ont quitté la ville pour des destinations différentes dans les territoires non encore sous l’emprise du M23.
Ce mouvement des hommes en armes de Bukavu vers les territoires a occasionné des pertes en vies humaines, de violences sexuelles, d’exécutions sommaires, d’attaque à caractère ethnique, de travail forcé et de pillages.
Malgré ce retrait des forces loyalistes et leurs alliés de la ville de Bukavu, les troupes de l’AFC/M23 progressaient en gagnant du terrain. Les affrontements se sont intensifiés, illustrant l’impact dévastateur du conflit sur les civils, particulièrement les acteurs sociaux, des journalistes et les écoliers dans les zones où les écoles sont souvent des cibles collatérales.
Des journalistes et acteurs sociaux attaqués
La société civile fait tout ce qui est dans son pouvoir afin de faire face à la crise. Les violences sexuelles sont utilisées comme arme de guerre. Alors que les journalistes, militants et travailleurs humanitaires sont menacés, parfois assassinés, ou obligés de se cacher, informer de la crise et des atrocités est devenu une question de vie ou de mort.
La rapporteuse spéciale des Nations-Unies sur la situation des défenseurs et défenseuses des droits humains ainsi que plusieurs organisations internationales de défense des droits humains ont signalé que des membres de la société civile ont été pris pour cible. Ils font face à des menaces de meurtre, de violence sexuelle, de torture et d’enlèvement.
Le mouvement citoyen Lutte pour le Changement, (LUCHA) une importante structure sociale dirigée par des jeunes, a rapporté que le 12 février 2025, les forces du M23 avaient exécuté l’un de ses membres, (Byamungu Katema Pierre) ainsi que quatre membres d’un Conseil local de la jeunesse, dans le village de Muhongoza, dans le territoire de Kalehe au Sud-Kivu.
Le lendemain, le musicien Delcat Indengo, qui avait critiqué le M23, a été abattu à Goma, alors qu’il tournait une vidéo. Quelques mois après, soit le 15 avril 2025, Amisi Musada, journaliste du média en ligne DeboutRDC a été porté disparu.
Selon ses collègues, Amisi Musada avait rendez-vous ce jour-là avec une stagiaire, à qui il devait présenter le fonctionnement du site d’information. Mais il ne s’est jamais rendu à cette rencontre, ni n’est rentré chez lui. Son téléphone est resté désespérément muet pendant trois jours.
Cette disparition survient quelques jours à peine, après que le journaliste a reçu des menaces directes d’un individu se présentant comme un général de l’Armée, via un numéro inconnu. Le message, particulièrement violent, le qualifiait de “traître” et de “rwandais” et lui “promettait le pire”.
À ce moment-là, Musada enquêtait sur des exactions présumées commises par des éléments des Forces armées congolaises dans le village d’Ihusi, théâtre de violents affrontements en février dernier, entre les FARDC, les milices Wazalendo et les rebelles du M23.
Ces incidents ont alimenté les inquiétudes sur la sécurité des civils, en particulier des journalistes et des jeunes souvent accusés d’être en connivence avec l’une des parties au conflit, explique un acteur de la société civile de Kabare, qui revient sur les affrontements du samedi 15 juin non loin de la paroisse catholique Saint Joseph.
« Lors de ces affrontements, trois personnes sont décédées, dont un élève de l’école primaire Kabare-centre, un autre grièvement blessé. L’élève a été atteint par une balle perdue, tandis que l’une de deux autres personnes a été fortement torturée puis son corps jeté dans une toilette à Kagabi par les militaires AFC/M23. Un autre jeune a été tué par les Wazalendo qui sont revenus après le départ du M23. Ce jeune a été accusé d’avoir collaboré avec l’ennemi,» explique-t-il.
Une crise humanitaire sans précédent
Ces attaques armées ont provoqué une crise humanitaire sans précédent, avec une pénurie de nourriture, d’eau, de services de santé et d’assainissement.
Après d’intenses combats dans le Parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), la circulation sur la route nationale numéro 3 (RN3) a été bloquée le 27 novembre 2025.
Cette décision a contraint les habitants de Kalonge et Bunyakiri d’accéder aux produits de première nécessité.
« Nous sommes contraints d’accéder aux produits pharmaceutiques et de première nécessité. Nos droits à la libre circulation et à la vie sont violés. Nous demandons aux autorités compétentes d’ordonner urgemment la reprise du trafic sur la RN3, seule voie d’accès à Bunyakiri et Kalonge, » a déclaré Isaya Benjamin de la société civile de Bunyakiri.
L’organisation Médecins sans frontières (MSF) qui s’inquiétait de cette situation a indiqué le 12 décembre que dans la localité de Bitale (chefferie de Buloho), à la sortie du PNKB, 1500 personnes ont fui vers Bunyakiri. Pour assurer la sécurité des employés, MSF a évacué une partie de son équipe de la ville.
Les menaces et les restrictions pesant sur la société civile de Kalonge, aucun acteur n’a pu dénoncer ces actes. Mais, Yoweli Nyabirungu militant du mouvement citoyen OBAPG-RDC noyau de Kalonge a brisé le silence, en appelant à la cessation des hostilités afin de favoriser le retour à la paix : « La priorité absolue est le retour de la paix afin que nos entités retrouvent l’administration congolaise. Une fois cela est fait, l’administration devra se rétablir rapidement afin de garantir l’effectivité des services publics aux populations ainsi que la sécurité, » soulignant également la nécessité des parties au conflit à privilégier la voie du dialogue afin de permettre une désescalade.
Juvénal MUTAKATO


