Après la condamnation ce lundi 15 décembre, de Roger Lumbala, ancien chef d’un groupe armé à 30 ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises de Paris, le Prix Nobel de la paix, Denis Mukwege salue ce procès qu’il qualifie d’historique «puis qu’il brise le cycle de l’impunité » qui a toujours caractérisé les crimes commis durant les conflits armés internes et internationaux que connait la République démocratique du Congo depuis les années 1990.
Dans un communiqué consulté par notre rédaction ce mardi 16 décembre, le docteur Denis Mukwege indique qu’il s’agit de la première condamnation par un tribunal indépendant d’un des nombreux auteurs des crimes internationaux, des violations graves des droits humains et du droit international humanitaire commises durant ces conflits et qui ont été inventoriés et documentés par les experts onusiens du rapport Mapping qui continue de « moisir dans les tiroirs de Nations-Unies».
«Je tiens à saluer le courage dont ont fait preuve les victimes, les survivantes de violence sexuelle et les témoins dans cette procédure, malgré les pressions exercées, ainsi que le travail des ONG internationales et congolaises qui ont enquêté les faits incriminés et facilité la participation des victimes et des témoins. Cette participation a été le moteur permettant de traduire en justice Roger Lumbala et d’aboutir à la condamnation de ce chef de guerre ayant opéré dans le Nord-Est du Congo, » déclare D.Mukwege.
Rappel des faits
Le Ministère public et les parties civiles ont décrit le mode opératoire du Rassemblement des congolais démocrates et nationalistes (RCD-N), le groupe rebelle de Roger Lumbala, soutenu par l’Ouganda et le Mouvement de libération du Congo (MLC), durant la tristement célèbre « Opération Effacer le tableau » : exécutions sommaires, viols massifs utilisés comme arme de guerre, esclavage sexuel, tortures, travail forcé, pillage, arrestations arbitraires.
Ces éléments ont permis de caractériser ces atrocités de crimes contre l’humanité commis dans le cadre d’une attaque généralisée et systématique contre la population civile, poursuit-il.
Un procès exemplaire
Ce procès s’est tenu devant un tribunal français sur base de la compétence universelle, un principe juridique qui permet aux juridictions nationales de poursuivre et de juger les crimes internationaux les plus graves, peu importe le lieu où les crimes ont été commis ou la nationalité des auteurs et des victimes.
Ce premier procès devant un tribunal compétent et indépendant ne doit pas être le dernier : « il doit être le premier d’une avancée historique vers la justice pour les survivants des atrocités de masse commises en RDC et vers la fin de l’impunité pour les auteurs de ces crimes imprescriptibles », soutien Mukwege.
A la suite de ce procès exemplaire, le médecin gynécologue congolais appelle : «de nos vœux que d’autres procédures judiciaires relevant de la compétence universelle se déroulent devant d’autres juridictions nationales en Europe, en Afrique ou ailleurs,» soulignant qu’il « serait souhaitable que des mécanismes judiciaires de reddition des comptes aient lieu aussi près que possible des lieux où les crimes aient été commis, et donc en RDC,».
Juvénal MUTAKATO


