RDC : Dans l’armée et la police, les femmes participent moins dans le processus de maintien de paix

En RDC, les femmes du secteur de sécurité participent moins aux postes de gestion dans le processus visant la recherche et le maintien de la paix.  La RDC est un pays post-conflit qui a adhéré à la Résolution 1325 du conseil de sécurité des Nations Unies. Adopté le 31 octobre 2000, ladite résolution vise l’incorporation d’une démarche sexospécifique dans toutes les opérations de maintien de la paix et de la sécurité. Elle prévoit la participation des femmes aux institutions clés et aux organes de décision dans la recherche de la paix.

Bien que la RDC a un plan d’action pour l’application de la résolution 1325 adopté par le gouvernement congolais en mars 2013, la femme militaire ou policière reste moins impliqué dans le processus de paix en RDC.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

Dans la partie cadre logique dudit plan d’action de la RDC, il était prévu l’accroissement progressif jusqu’en 2016, soit trois ans après l’adoption dudit plan d’action, au moins des 30%  l’implication et la représentation des femmes aux tables de négociation en faveur de la paix en RDC. Ce plan dont l’application effective allait jusqu’en 2020 connaît le sort de son inapplication.

Actuellement en RDC, la faible représentativité de la femme dans les institutions de l’Etat, au sein des armées et la police demeure d’actualité et un défi majeur à relever. Il se constate que sur les 26 commissariats de la police, il n’y a pas une femme comme commissionnaire en RDC de même que sur les 26 régions militaires, aucune femme n’est à la commande sur le territoire national.

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Lors de la nomination des gouverneurs, maires de la ville et administrateur des territoires tous militaires à Goma, Bunia et Ituri après la proclamation de l’Etat de siège pour  la cherche et le maintien de la paix dans les trois régions, aucune femme n’a été nommée bien que dans l’armée que dans la police, on trouve des femmes avec les mêmes grades que ceux qui sont nommés.

Cette situation selon certains observateurs, foule au pied l’article 14 de la constitution et ne tenant pas compte de la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations-Unies.

« L’article 45 de la constitution de notre pays à son alinéa 7 stipule que l’État a l’obligation de respecter les droits de la personne dans ses programmes de forces armées, de la police et des services de sécurité. Ainsi donc, le respect des droits de la personne comprend aussi le respect des droits de la femme. Ce qui suppose également, la représentativité dans les postes des commandements dans les forces armées. Mais nous remarquons que dans  les forces armées, les femmes sont faiblement représentées alors qu’il existe dans notre armée la structure nommée “Personnel militaire féminin”, PMF en sigle. Cette structure regroupe les femmes combattantes congolaises qui représentent  9% des militaires. Ce qui est plus intéressant est qu’elles jouent des rôles tout simplement logistiques », déclare Madame Justine Cibembe, défenseure des droits humains.

Pour  sa part, Félix Birimwiragi, Chargé de projet du  Réseau des femmes pour les développements et la paix, (RFDP) en sigle, estime que la représentativité minime de la femme dans les instances décisionnelles au sein des institutions de l’Etat et dans l’armée relève d’une injustice non justifiée dont elle demeure victime et constitue une violence flagrante des droits de la femme.

« La femme demeure victime des violences basées sur le genre parce que dans les institutions politiques et même le secteur privé, la femme est souvent discriminée, écartée tout simplement à cause de l’égoïsme masculin. Pourtant elle a tous les atouts. Et cette injustice persiste tout en violant les droits légitimes de la femme et même la constitution qui est la loi fondamentale d’un pays», condamne Félix Birimwiragi, chargé de projet au RFDP.

Cependant, pour concrétiser la promotion de la femme à des postes décisionnels, Me Néné Bintu, avocate au Barreau de Bukavu et vice-présidente du Bureau de la société civile du Sud-Kivu, pense que les tenants du pouvoir doivent faire appliquer les lois qui promeuvent les droits.

« L’article14 de la constitution de notre pays publié le 18 Février 2006, stipule que la parité homme-femme doit être observée dans toute les institutions du pays. Ça vise les textes nominatifs et les postes électifs. L’article 13 bannit toute discrimination faite contre les femmes. La conséquence est que quand la femme est inclue, elle est ignorée, ses compétences ne sont pas prises en compte, ça crée le déséquilibre et aussi la violation de cette loi de la parité car elle est claire par rapport à cela», déclare-t-elle.

Les conséquences de la faible participation politique des femmes frappent aussi bien les femmes que la société toute entière, estime Thaddée Murhula, Politologue et défenseur des droits de l’homme. Car cette situation a comme conséquence entre autres la disparité du genre caractérisée par une sous représentativité des femmes dans les instances des prises de décisions dans l’armée et dans la police. Cette situation traduit le non prise en compte des besoins fondamentaux de la majorité démographique constituée des femmes en RDC.

«  L’absence de la représentativité de la femme traduit une stigmatisation de la femme par l’homme. Cela signifie que la femme n’accède pas à des postes décisionnels parce qu’elle est isolée par l’homme. Car l’homme ne lui  laisse pas la liberté d’y accéder. Or, il faut noter que pour y accéder, c’est une question de compétence. La femme doit comprendre à compétir et non croire que par le simple fait d’être femme on doit directement accéder aux instances décisionnelles.

Cette discrimination a des conséquences sociales et politiques en ce sens que, tout ce que nous aurons comme sous-développement, tout ce que nous avons comme conflit tomberait au dos des hommes.

On aurait à cet effet l’impression selon laquelle, les fossés dans lesquels nous sommes, se sont les hommes qui nous y plongent. C’est là où on dit que la femme en accédant au pouvoir, la tendance sera renversée et que nous aurions le développement et la sécurité».

Joffrey Biringanine, secrétaire administratif de la division du genre affirme que : « la disparité entre l’homme et la femme affecte négativement  la femme en RDC en général et en particulier au Sud-Kivu prévoit tout en terme de la parité. Mais aussi, nous ne pouvons pas espérer à une quelconque paix aussi longtemps que la femme est écartée dans le processus visant sa recherche. Il est donc temps que toute la société et surtout les hommes comprennent  que cette réalité est gage du développement de la RDC ».

Le Général Dieudonné Kasereka porte parole des opérations Sokola 2 au Sud-Kivu au sein  des forces armées congolaises reconnait qu’il y a une faible représentativité de la femme aux commandes.

“Justement, il  y a une faible représentativité des femmes au sein de l’armée nationale. Ce qui est à la base est que les femmes ont toujours été réticentes à intégrer  l’armée. Elles croient que quand on est militaire, on devient bandits ou prostitué alors que la réalité est autre. C’est ainsi que les femmes trainent à s’inscrire dans l’armée pour accroître leur nombre et participer dans la gestion. Des femmes préfèrent se réfugier dans d’autres domaines où elles estiment qu’elles gagneront mieux”, explique-t-il.

« Nous faisons chaque fois des campagnes de sensibilisation de femmes pour les pousser à intégrer l’armée mais souvent, on arrive pas à convaincre la majorité. Les quelques femmes que nous avons ont toujours eu accès souvent à des postes décisionnels », affirme-t-il.

« Le message est de demander aux femmes de s’enrôler  dans l’armée lorsqu’il y a des opportunités de recrutements pour essayer de booster le 5% de représentativité de femmes au sein de l’armée nationale congolaise », recommande-t-il.

Cet article a été produit en collaboration avec Journalistes pour les droits humains, JDH/JHR avec l’appui d’Affaires mondiales Canada.

Christelle Mweze

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