Une vive controverse a éclaté à la suite de propos tenus par le porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le général major Sylvain Ekenge, contre la communauté tutsi, lors d’un plateau spécial diffusé sur la chaîne nationale congolaise ce samedi 27 décembre.
En effet, le général Ekenge a tenu des déclarations mettant explicitement en cause la communauté tutsi, évoquant des pratiques supposées liées au mariage et à la filiation.
« Lorsque vous épousez aujourd’hui une femme tutsi, il faut faire attention : la belle-famille enverra un cousin de la femme, celui qui viendra faire les enfants avec votre épouse,» a-t-il déclaré, ajoutant que cela aurait été pratiqué, selon lui, « avec de grands chefs coutumiers ».
Le porte-parole des FARDC a souligné que cette logique qu’il attribue à cette communauté « les enfants doivent naître tutsi parce que la race tutsi est supérieure, » qualifiant ensuite ces pratiques présumées de «perfidie».
Une vague d’indignation
À l’instar d’autres personnalités nationales et internationales, le prix Nobel de la paix 2018, docteur Denis Mukwege a réagi rapidement, estimant que « tout discours et tout acte de haine, d’humiliation et de discrimination stigmatisant une ethnie ou le genre doivent être réprouvés et condamnés avec force» surtout quand ceux-ci sont le fait d’une autorité publique.
Dans un communiqué publié ce lundi 29 décembre, Mukwege indique que malgré « les innombrables injustices et actes que subit la population congolaise» suite selon lui, « à l’agression rwandaise et ses supplétifs, » il est indispensable « d’éviter des discours toxiques qui sèment la haine ethnique et la discrimination du genre ».
«L’amour entre les peuples de la région des Grands lacs doit être plus fort que la haine de certains gouvernants assoiffés de sang et de pouvoir, » a-t-il insisté, soulignant que «l’impunité légendaire dont jouissent certains dignitaires de la région explique la répétition des paroles et actes haineux qui fragilisent la cohésion nationale et régionale».
Un appel à l’unité nationale
L’état-major général des FARDC a condamné les propos jugés discriminatoires envers la communauté tutsi, prononcés par le porte-parole de l’armée, précisant qu’ils « ne reflètent en rien la position officielle du pays, ni celle du commandant suprême des FARDC, ni celle du gouvernement ».
Dans un communiqué exploité par notre rédaction ce lundi 29 décembre, le chef d’état-major de l’armée congolaise réaffirme la détermination des FARDC à défendre et protéger, avec discipline et professionnalisme, la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays et la sécurité de tous les congolais, sans discrimination, jusqu’au sacrifice suprême.
Le communiqué appelle l’ensemble de la population à «l’unité, à la cohésion » et au rejet de tout discours de haine afin de soutenir les FARDC dans l’accompagnement de leur mission.
Juvénal MUTAKATO


