Les conflits et violences armés maintiennent les populations civiles dans un cycle meurtrier où des milliers de personnes souffrent dans le silence, dans la province d’Ituri. Pour réduire leur vulnérabilité, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a distribué des vivres à près de 12 000 personnes de retour chez elles, après avoir fui des attaques armées et tout abandonné pour se mettre à l’abri.
Selon un rapport du CICR, dans la chefferie de Mambisa, en territoire de Djugu, chaque famille a reçu des biens indispensables au quotidien tels que des ustensiles de cuisine, du savon ou encore des couvertures, ainsi que des vivres pour combler les besoins d’un mois.
Revenues après avoir fui une série d’attaques armées et d’incidents violents au mois d’août, la plupart ont trouvé leurs maisons incendiées et leurs biens pillés. Le CICR a apporté une aide aux personnes fuyant les violences ainsi que celles qui s’efforcent de rentrer chez elles. Cette aide vise à répondre à leurs besoins immédiats mais leur préoccupation principale reste la sécurité.
« Avant la guerre, je vivais ici avec mes neuf enfants et mes petits-enfants, » explique Thérèse, dont l’un des enfants a péri, d’autres sont grièvement blessés et dont la maison a été incendiée au cours de l‘attaque de son village.
« La maison n’était pas grande mais elle nous suffisait. Je n’avais jamais imaginé que je verrai le sang de mes enfants couler dans ma maison et que cette maison nous serait enlevée brusquement par la guerre, » a-t-elle poursuivi.
Ce rapport note que l’Ituri connait depuis plusieurs années, des cycles de violences marqués par des opérations militaires, des affrontements entre groupes armés, et de plus en plus d’incursions, d’attaques et d’autres incidents violents ciblant directement les populations civiles. Cependant, le droit international humanitaire (DIH) interdit les attaques prenant pour cible les populations et les biens civils.
Suite à ces violences, les conséquences pour la population sont immenses, se traduisant par des pertes en vies humaines, des blessures, des déplacements massifs, des violences sexuelles, des mauvais traitements, le recrutement d’enfants et la perte de leurs maisons et autres moyens de subsistance. Les civils paient le prix fort et subissent le plus lourd tribut de cette violence et du manque du respect du DIH et des principes humanitaires, fait remarquer le CICR.
Ces conflits et violences chroniques ont affaibli la résilience des communautés et réduit leurs accès aux biens et services essentiels.
La plupart des gens craignent de se faire tuer en se rendant dans leurs champs situés dans des zones où sont présents des porteurs d’armes. La majorité étant agriculteurs, cette situation les empêche de cultiver et aggrave le manque de nourriture.
Selon le même document, environ 1,5 millions de personnes sont en insécurité alimentaire dans la province d’après des chiffres des Nations-Unies.
Sur le plan sanitaire, les structures de santé situées dans les zones affectées par les attaques et les violences peinent à fonctionner normalement et ne peuvent assurer une prise en charge adéquate des malades et blessés. Certaines structures ont été attaquées et pillées et une partie du personnel soignant qualifié a fui. La plupart connaissent des ruptures de stocks d’intrants médicaux et un manque d’équipement. Les blessés sont obligés de parcourir de longues distances pour trouver des soins adéquats, affirme le rapport.
Les structures médicales encore fonctionnelles ont accueilli un nombre croissant de blessés par armes particulièrement aux mois de juillet et août dernier où un grand nombre d’attaques a été répertorié. Médecins Sans Frontières (MSF) qui soutient la clinique Salama à Bunia, affirme avoir reçu plus de 350 patients victimes de blessures par armes depuis le début de l’années dont plus de 200 entre les mois de juillet et octobre 2025.
« Le CICR soutient plusieurs structures médicales dans les territoires de Djugu et Irumu. Nos équipes y constatent une baisse du nombre de consultations médicales pour les femmes et enfants, principalement à cause de l’insécurité qui limite l’accès des populations à ces structures, » note Alfred Wadie, chef adjoint de la sous-délégation du CICR à Bunia.
En plus de la perte de leurs proches et de leurs biens, les personnes en quête de refuge subissent de profondes souffrances psychologiques, notamment celles liés à la séparation des familles ou encore aux conséquences des violences y compris des violences sexuelles.
La majorité des personnes soumises aux violences répétées ont développé des traumatismes psychologiques face à toutes ces pertes et douleurs.
Face à cette situation calamiteuse le CICR appelle toutes les parties aux conflits et tous les acteurs de la violence armée en Ituri à prendre conscience de l’impact dramatique sur les populations civiles. « Ils doivent impérativement prendre des mesures pour préserver les populations civiles et leurs biens de toute attaque et des conséquences de leurs confrontations conformément au DIH et aux principes humanitaires, » souligne François Moreillon, chef de délégation du CICR pour la RDC.
Juvénal MUTAKATO


