L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a révélé dans un rapport publié mardi 24 mars, l’existence de lieux de détention inhumains gérés par le groupe armé antigouvernemental AFC/M23 dans la ville de Goma (Nord-Kivu). Le rapport consulté par notre rédaction évoque au moins deux journalistes qui ont été torturés et détenus dans des conteneurs métalliques sans aération.
Selon le rapport de RSF, l’enquête basée sur des témoignages de rescapés et des images satellites, décrit des conditions de détention qualifiées de vallée de la mort. Des civils ainsi que des professionnels des médias, auraient été entassés par dizaines dans des conteneurs d’environ dix mètres carrés, dépourvus de lumière et de fenêtres.
Cette organisation de défense de la liberté de la presse indique que des informations recueillies révèlent que ces lieux de détention informelle sont installés dans plusieurs sites stratégiques de la ville de Goma, notamment :
•Dans l’enceinte de l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu,dans le quartier Himbi ;
•A proximité du Mont Goma, non loin des installations de la Radio-télévision nationale congolaise (RTNC).
Les témoignages font état de tortures quotidiennes, de coups de fouet et d’une alimentation très précaire constituée de « vungulé» [un mélange de haricots et de maïs]. RSF rapporte qu’un ancien détenu rapporte que jusqu’à 80 personnes peuvent être parquees dans ces boîtes métalliques, où la chaleur est suffocante le jour et le froi mordant la nuit.
« L’enfermement de journalistes dans des conteneurs est une pratique déshumanisante, qui témoigne de la violente répression exercée par le M23, déjà accusé de graves violations des droits humains par l’Organisation des Nations unies (ONU) et plusieurs organisations de défense des droits humains. À l’encontre des normes internationales relatives à la détention, ces prisonniers ont été privés de leurs droits les plus élémentaires. Il est nécessaire de mettre fin à ces exactions pour que les journalistes puissent exercer leur métier d’information sans crainte de représailles, » lit-on dans ce rapport.
L’organisation souligne que la situation sécuritaire des journalistes s’est considérablement dégradée depuis la prise de contrôle de Goma par le M23 en janvier 2025. Sur place, le département de communication du groupe armé exercerait un contrôle idéologique strict, interdisant notamment l’usage du terme « occupation ».
« Reporters sans frontières (RSF) a enquêté sur cette pratique et dénonce des conditions de détention inhumaines et dégradantes,» poursuit l’organisation.
En un an, une centaine de journalistes ont été contraints de fuir la région pour échapper aux représailles. Pour RSF, l’Est de la République démocratique du Congo demeure l’épicentre des violences contre la presse dans la région des Grands-lacs, déplore cette organisation qui défend la liberté de la presse à travers le monde.
Juvénal MUTAKATO


