L’ancien président Joseph Kabila a réagi pour la première fois au requisitoire de l’auditeur général qui a demandé la peine de mort contre lui à l’issue de son procès. Dans une déclaration exploitée par notre rédaction ce mercredi 3 septembre, l’ancien chef de l’État congolais dénonce des accusations «mensongères» et un pouvoir «incapable d’assumer la responsabilité de ses échecs ».
En effet, dans un contexte où des tensions et des crises politiques, sécuritaires et socio-économiques persistent en République démocratique du Congo, lui qui n’avait plus pris parole depuis le 23 mai 2025, est sorti de son silence, en critiquant à nouveau son successeur.
Jugé par contumace par la Haute cour militaire, l’ex-président de la RDC est accusé de complicité avec la rébellion de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda. Trahison, complot, crimes de guerre, viols et apologie, autant de charges auxquelles il n’a pas répondu, et ayant conduit à la levée de son immunité par le Sénat en mai dernier, qu’il juge illégale et inconstitutionnelle.
«Je parle non par faiblesse ni par crainte pour mon destin personnel, mais par profonde inquiétude pour l’avenir de mon pays,» s’est-il exprimé.
Il regrette les accusations de trahison, de crimes de guerre, de meurtre, de viol, de torture, de soutien à une insurrection armée et complicité avec l’AFC/M23. Kabila indique qu’aucune preuve tangible n’a été présentée pour étayer ces charges.
Des accusations qu’il qualifie de «mensongères et politiquement motivées, orchestrées», selon lui, par un «leadership désespéré d’échapper à ses propres responsabilités ». «Ce procès n’a rien à voir avec la justice ».
A l’en croire, l’objectif clair: «réduire l’opposition au silence, écarter un acteur politique majeur de la scène nationale et surtout permettre au régime de régner sans partage et indéfiniment,» avec en ligne de mire, selon lui «une modification de la Constitution ».
Arrestations arbitraires et pillages de minerais
L’ancien président va très loin. Il évoque les arrestations et tentations illégales des officiers de l’armée.
«Ces quatre dernières années, plusieurs dizaines d’officiers supérieurs de l’armée et de la police ont été arrêtés, détenus sans procès,». Il accuse directement la famille de Tshisekedi et ses alliés politiques d’être impliqués dans le pillage des provinces minières du Katanga.
Appel à un dialogue vrai et sincère
S’agissant des processus de paix en cours, Joseph Kabila reste sceptique. En dépit d’un accord récemment signé avec le Rwanda, « le sang continue de couler ». Pour lui «la réconciliation ne viendra ni d’accords partiels, ni de procès sélectifs. Elle exige un vrai dialogue, avec toutes les parties prenantes autour de la table,» soutient-il.
Pour rappel, Joseph Kabila s’est exprimé en mai dernier, date de sa première allocution depuis son départ du pouvoir en 2019. Après son arrivée à Goma, ville sous occupation rebelle depuis maintenant plus de 6 mois, et la tenue sur place et à Bukavu (Sud-Kivu) de consultations dont les conclusions n’ont jamais été rendues publiques, le prédécesseur de Félix Tshisekedi s’était à nouveau muré dans le silence.
Une déclaration qui intervient quelques jours après les propos du président Félix Tshisekedi lors du deuxième congrès de sa famille politique, écartant toute discussion avec son prédécesseur, dénonçant encore «ces congolais à la solde des voisins qu’il faut combattre jusqu’à la dernière énergie ».
Juvénal MUTAKATO


