À Bukavu dans la province du Sud-Kivu, la hausse brutale du prix du carburant en l’espace de quelques jours bouleverse le quotidien des habitants et paralyse progressivement le transport en commun. En moins de 72 heures, le litre est passé de 3 000 francs congolais à 5 000, voire 6 000 francs dans certaines stations et points de vente, entraînant une répercussion immédiate sur les tarifs de transport.
Dans plusieurs coins de la ville visités par notre rédaction ce lundi 06 Avril 2026, l’anarchie semble désormais régner.
À Nyawera, les tricyclistes imposent leurs propres règles. Sans aucune régulation visible, les tarifs varient d’un conducteur à un autre. Pour une même course, certains exigent 1 000 francs congolais tandis que d’autres maintiennent encore 500 francs. Une situation qui plonge les passagers dans une confusion totale.
« On ne sait plus à qui se fier. Chacun fixe son prix comme il veut, » déplore une maman rencontrée sur place.
À la Place de l’Indépendance, principal point de départ pour plusieurs destinations, le constat est tout aussi alarmant. Le trajet vers Ciriri, autrefois fixé à 1 500 francs congolais, se négocie désormais autour de 2 500 francs, voire plus selon l’affluence et l’heure. Même situation sur l’axe Bagira, où la course est passée de 1 000 à 1 500 francs congolais voire 2 000 FC.
Chauffeurs et convoyeurs justifient cette hausse par l’augmentation du carburant, mais aussi par l’état dégradé de certains axes routiers qui compliquent la circulation et augmentent les coûts d’exploitation. Du côté des pretroliers, aucune réaction jusque-là.
Le calvaire des heures vespérales
Le soir venu, la situation devient encore plus critique. Aux heures vespérales, de nombreux passagers, en particulier les femmes, se retrouvent abandonnés faute de moyens suffisants pour payer les nouveaux tarifs.
Certaines sont contraintes de parcourir à pied jusqu’à 7 kilomètres pour regagner leurs domiciles, bravant l’insécurité et l’obscurité.
« Nous marchons avec la peur au ventre. Mais que faire quand on n’a pas d’argent ? », confie une mère de famille rencontrée sur l’axe Place-Ciriri.
Des mesures officielles ignorées
Pourtant, les autorités urbaines ont déjà fixé des grilles tarifaires pour le transport en commun. Mais sur le terrain, ces mesures semblent largement ignorées. Les chauffeurs, souvent organisés en associations, appliquent leurs propres décisions, en marge des réglementations en vigueur.
Ce laisser-faire alimente le désordre et accentue la souffrance des usagers.
Une population à bout, des autorités attendues
Face à cette crise, la population lance un appel pressant aux autorités locales. Elle exige une régulation stricte des prix du transport et une transparence totale dans la fixation du prix du carburant.
Parmi les revendications majeures figurent, l’affichage obligatoire des prix dans toutes les stations-service ; le contrôle effectif des tarifs de transport ; et des sanctions contre les abus constatés.
Dans une ville déjà fragilisée par un contexte socio-économique difficile, cette flambée des prix du carburant vient aggraver davantage les conditions de vie des habitants.
Sans intervention rapide des autorités, Bukavu risque de s’enfoncer dans une crise de mobilité urbaine aux conséquences imprévisibles.
Pacifique Mulemangabo


