Bagira : un nouveau cas de justice populaire à Lumumba sur fond d’insécurité persistante

Un nouveau cas de justice populaire a coûté la vie à un présumé voleur dans la nuit du 24 février 2026, vers 23 heures, au quartier Lumumba, dans la commune de Bagira à Bukavu (Sud-Kivu). Au-delà du drame, cet incident révèle un sentiment d’exaspération croissante des habitants face à l’insécurité persistante et à ce qu’ils perçoivent comme un manque de réponse des autorités.

Selon des témoignages recueillis sur place, des individus armés auraient fait irruption dans une habitation, tentant de forcer la porte après avoir tiré plusieurs coups de feu pour intimider les occupants. Alerté par les détonations, le voisinage s’est rapidement mobilisé à travers des messages, des sifflets et des coups de tambour, un système d’alerte communautaire désormais courant dans plusieurs quartiers confrontés à la criminalité nocturne.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

La panique s’est alors propagée dans toute l’avenue. Alors que les assaillants tentaient de prendre la fuite, l’un d’eux a été maîtrisé par des habitants. La situation a rapidement dégénéré.

« Trop, c’est trop. Nous avons subi deux incursions en moins d’un mois. Nous vivons dans la peur permanente », confie un jeune du quartier, traduisant la lassitude générale. Pour de nombreux résidents, l’insécurité répétée et l’absence d’intervention rapide des forces de l’ordre alimentent un sentiment d’abandon.

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Plusieurs habitants affirment avoir déjà lancé des alertes à maintes reprises sans obtenir de réponse satisfaisante. « Nous n’avons aucun secours malgré nos appels. Face à cette situation, certains pensent qu’il faut assurer nous-mêmes notre sécurité, » explique un autre riverain.

Dans ce climat de tension et de frustration collective, le présumé voleur a été violemment passé à tabac par la foule et a succombé à ses blessures.

Cet énième cas de justice populaire met en lumière une réalité préoccupante : la perte de confiance progressive d’une partie de la population dans les mécanismes officiels de sécurité et de justice. Si les habitants invoquent la légitime défense face à la recrudescence des cambriolages et attaques nocturnes, ces actes traduisent surtout une colère accumulée, nourrie par la peur, la répétition des incidents et l’impression d’être livrés à eux-mêmes.

Des acteurs de la société civile rappellent toutefois que la justice populaire, en plus d’être illégale, expose à des dérives graves, notamment des erreurs d’identification et des violences incontrôlées.

À Bagira comme dans d’autres quartiers de Bukavu, la multiplication de ces drames interpelle sur l’urgence de renforcer la présence sécuritaire, de restaurer la confiance entre la population et les services compétents, et de prévenir une spirale où la peur collective se transforme en justice expéditive.

Armelle BYOSHI BINJA, étudiante à l’ETJ

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