La mort de Kalev Mutond, survenue lundi 5 octobre à Paris à l’âge de 69 ans, remet en lumière le bilan controversé de son passage à la tête de l’Agence nationale de renseignements (ANR), en République démocratique du Congo.
À la direction des renseignements congolais de 2011 à 2019, sous la présidence de Joseph Kabila, Kalev Mutond avait été accusé d’être impliqué dans des arrestations arbitraires, des détentions et des mauvais traitements visant notamment des opposants politiques, des militants de la société civile et des défenseurs des droits humains.
Ces accusations avaient notamment été documentées par Human Rights Watch. L’organisation rapportait que des dizaines de défenseurs des droits humains, de jeunes militants pro-démocratie et de responsables de l’opposition avaient été arrêtés par l’ANR et détenus parfois pendant des semaines ou des mois sans inculpation ni accès à leurs proches ou à leurs avocats.
Certains détenus avaient également déclaré avoir subi des actes de torture, notamment des décharges électriques et des mauvais traitements physiques.
En 2017, l’Union européenne avait sanctionné Kalev Mutond. Dans les motifs de cette mesure, l’UE indiquait qu’en tant que responsable de longue date de l’ANR, il était impliqué et responsable d’arrestations et de détentions arbitraires ainsi que de mauvais traitements infligés à des membres de l’opposition, des militants de la société civile et d’autres personnes.
Le document européen évoquait également sa responsabilité dans des actes constituant de graves violations des droits humains en RDC.
Des plaintes déposées en RDC
Ces accusations avaient également donné lieu à des procédures judiciaires en RDC. En janvier 2021, Jean-Claude Muyambo avait porté plainte contre Kalev Mutond, l’accusant notamment d’arrestation arbitraire, de torture physique et morale et de tentative d’assassinat.
Muyambo affirmait avoir été arrêté à son domicile par des agents de l’ANR en janvier 2015 et avoir subi des traitements qu’il qualifiait d’inhumains et dégradants.
Dans cette même affaire, les faits reprochés à Kalev Mutond comprenaient notamment la torture, les traitements dégradants et la tentative de meurtre, selon les informations rapportées à l’époque par Radio Okapi.
Kalev Mutond rejetait les accusations
Face à ces accusations, Kalev Mutond avait toujours contesté toute responsabilité personnelle dans des actes de torture ou d’assassinat attribués à l’ANR.
Invité de Radio Okapi en février 2021, il avait affirmé que les accusations portées contre l’agence relevaient d’une « propagande politicienne ». Il soutenait notamment que les agents de l’ANR qui commettaient des fautes pouvaient être sanctionnés et rejetait les accusations selon lesquelles le service aurait systématiquement recours à la torture.
Il avait également déclaré ne connaître aucun cas d’empoisonnement ou de meurtre imputable à l’ANR durant les années où il avait travaillé au sein du service.
Une fin de parcours marquée par la levée de certaines mesures
Après l’alternance politique de 2019, Kalev Mutond avait quitté la direction de l’ANR. Il était ensuite rentré en RDC en août 2022 après plusieurs mois passés hors du pays.
En août 2023, le procureur général près la cour d’appel de Kinshasa-Gombe avait annoncé la suspension de l’avis de recherche qui le visait, estimant que les raisons ayant justifié cette mesure ne subsistaient plus.
La même année, le 19 juin, l’Union européenne avait retiré Kalev Mutond de sa liste de sanctions, avec notamment Emmanuel Ramazani Shadary, à la suite des décisions rendues par le Tribunal de l’Union européenne en mars 2023.
Kalev Mutond est finalement décédé à Paris après une longue période de soins médicaux. Les causes de sa mort n’ont pas été communiquées par ses proches.
Juvénal MUTAKATO


