Les premières pluies enregistrées ces dernières semaines suscitent des interrogations sur le début effectif de la saison des pluies au Sud-Kivu. Mais ces précipitations ne suffisent pas encore à confirmer la fin de la saison sèche, estime le professeur Serge Njadi, enseignant à la Faculté d’agronomie de l’Université évangélique en Afrique (UEA).
Selon cet enseignant-chercheur en sciences agronomiques et environnementales, la région de Bukavu traverse actuellement une période de transition entre la saison sèche et la saison des pluies. Les précipitations peuvent encore rester irrégulières et varier d’une zone à une autre, notamment en fonction de l’altitude, des sols et des conditions locales.
Dans ce contexte, le professeur Serge Njadi appelle les agriculteurs à la prudence avant les semis. Il recommande de commencer progressivement sur une partie des parcelles et d’observer la régularité des pluies avant d’étendre les cultures.
« Une seule pluie ne suffit pas » pour confirmer l’installation de la saison des pluies, explique-t-il. Plusieurs précipitations suffisamment régulières sont nécessaires pour maintenir l’humidité du sol et favoriser la germination et le développement des cultures.
Pour l’agronome, cette situation impose également une adaptation des pratiques agricoles face à la variabilité du climat.
« Fondamentalement, l’agriculteur ne doit plus gérer les campagnes agricoles avec un calendrier totalement rigide. Avec une variabilité climatique croissante, il faut passer progressivement d’une agriculture fondée sur les dates habituelles à une agriculture fondée sur les risques climatiques, mais aussi avoir l’information sur l’agrométéorologie, » explique le professeur Serge Njadi.
Des périodes sèches plus longues, mais aussi des pluies intenses
Le spécialiste estime par ailleurs que les acteurs agricoles du Sud-Kivu doivent se préparer à des situations climatiques parfois opposées.
La prolongation des périodes sèches peut être suivie ou accompagnée d’épisodes de pluies intenses, avec des conséquences notamment sur les sols.
« Au Sud-Kivu, nous devons préparer le système agricole à des problèmes apparemment opposés. Ça veut dire que nous avons les périodes sèches qui sont prolongées, mais aussi nous avons des pluies intenses. Nous sommes aux extrêmes, » souligne-t-il.
Face à ces risques, le professeur Serge Njadi recommande notamment de renforcer la capacité des sols à retenir et infiltrer l’eau afin de réduire le ruissellement et l’érosion.
Cette situation pose ainsi la question de l’adaptation des pratiques agricoles aux variations du rythme des pluies dans la région.
Pour les agriculteurs, l’observation de la régularité des précipitations et l’accès aux informations agrométéorologiques peuvent constituer des éléments importants dans la planification des campagnes agricoles
Elvine CIZA


