Sud-Kivu : le conflit armé accentue les violences sexuelles malgré les lois et résolutions qui promeuvent les femmes et jeunes filles

Les violences sexuelles demeurent une réalité traumatisante dans la province du Sud-Kivu. Depuis l’escalade de la violence armée dans la province, le nombre de cas a augmenté, notamment dans le territoire de Kabare avec un dernier cas signalé dans le sous-village de Cihegera, groupement d’Irambi-Katana, le 9 janvier 2026. Parmi les causes profondes évoquées, l’on note la non vulgarisation de différentes lois votées et résolutions adoptées au niveau local, national et international en vue d’arrêter et réprimer ce fléau.  

Dans la province du Sud-Kivu, le conflit armé qui secoue l’Est de la République démocratique du Congo continue d’occasionner de victimes de violences sexuelles. Dans plusieurs localités où les groupes armés sont actifs, la violence sexuelle est utilisée comme une arme de guerre.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

A Cihegera, dans le groupement d’Irambi-Katana, une jeune maman a été fortement violée par un groupe d’hommes armés, qui selon un acteur de la société civile, ils se sont introduit à son domicile la soirée du 9 janvier dernier. A en croire cet acteur de la société civile, ces malfrats ont profité de l’absence du mari de la victime pour commettre leur forfait. Avant de l’amener dans la brousse, ces hommes porteurs d’armes l’ont d’abord intimidée, tabassée fortement.

« Ils sont arrivés chez-moi tard dans la nuit vers 21 heures, j’étais dans la maison avec mes enfants,» explique la victime, soulignant qu’ils ont demandé si le mari était : « J’ai répondu qu’il n’était pas là,».

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

Ces malfrats ont fouillé toute la maison pour chercher si le chef de la famille était là : « ils n’ont pas vu mon mari. Puis, ils sont rentrés au salon pour me dire que mon mari faisait partie d’un groupe de malfaiteurs, et je dois connaître là où il se cache,[…] si non ils vont me tuer, moi et tous mes enfants,» témoigne la victime.

Pendant les discussions, ces hommes armés ont demandé avec intimidation à la victime de sortir de hors. Ce n’est qu’à ce moment-là, où ils ont commencé à la torturer, jusqu’à commettre leur forfait.

« Ils m’ont amené de force dehors, à quelque kilomètre de la maison dans la brousse, ils m’ont violé a tour de rôle jusque avoir de fistule au niveau du vagin. Ce n’est qu’au petit matin que j’ai eu la chance de voir une personne de bonne foi qui m’a amené ici à l’hôpital où je suis jusque présent,» a-t-elle poursuivi.

Face à ce fait avec des effets dévastateurs sur les femmes et les jeunes filles, Agnès Sadiki, une femme leader et défenseuse des droits des femmes au Sud-Kivu, reconnaît que la grande majorité des violences sexuelles restent insuffisamment dénoncées et l’ampleur du phénomène et ses répercussions demeurent largement sous-estimées.

« Nous encourageons les victimes et les proches des victimes à dénoncer tout cas. Sache que vous êtes protégées par les textes et lois ainsi que les différentes résolutions votées par les Nations-unies,» a-t-elle interpellé, tout en indiquant que « d’autres cas similaires sont souvent enregistrés dans d’autres villages, mais non documentés ».

Malgré la présence de différents textes nationaux et internationaux qui promeuvent les droits des femmes et jeunes filles, entre autres, la résolution 1325 adoptée à l’unanimité depuis les années 2000 par le Conseil des Nations Unies, qui se situe dans la continuité des résolutions 1261, 1296 et 1314 qui ont fait l’objet d’un rapport durant la 4213ème séance qui concernée les droits des femmes, la paix et la sécurité; la Résolution 1820 de 2008, la résolution 2242 de 2015; la résolution 2467 sur les survivantes et les victimes de viols, cette pratique s’aggrave au Sud-Kivu, une région, où certaines entités sont sous l’administration de l’AFC/M23 et où les instances judiciaires ne fonctionnent depuis l’occupation en février 2025.

Face à cette situation, Maître Fiston Baruti, avocat au Barreau du Sud-Kivu et défenseur des droits de l’homme indique : « l’existance de ces différents textes de lois et Résolutions est déjà un atout dans la lutte contre les différentes formes des violences faites à l’égard de la femme à travers le monde mais la mise en application demeure un défi auquel nous faisons face dans notre pays en général et dans la province du Sud-Kivu en particulier, » précisant qu’en tant que défenseur de droits de la femme « nous exigions une forte vulgarisation de ces différentes résolutions pour que toutes les femmes puissent s’en a approprier et cela sera possible une fois qu’ils sont traduits dans les langues et dialectes locales (telle que le swahili, lingala, kikongo, chiluba, kilega, mashi,ect…); aussi à travers des émissions radios et télé diffusées » et ainsi la femme saura se prendre en charge en dénonçant chaque fois qu’elle est victime parce qu’elle sait déjà qu’il existe des textes de lois et résolutions qui la protège et qui lui donne le droit de se défendre en toute sécurité.

Maitre Néné Bintu, également défenseuse des droits des femmes et présidente du bureau de coordination de la société civile du Sud-Kivu, encourage pour sa part les victimes à pouvoir dénoncer tout cas et travailler en collaboration avec les autorités compétentes ainsi que la composante femme de la société civile pour renforcer les mesures de protection et mener des enquêtes afin que les auteurs soient arrêtés et punis conformément à la loi.

Angèle Kalulu

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.