RDC: la guerre à l’Est accentue les violences sexuelles au Sud-Kivu

Dans l’Est de la République démocratique du Congo, secoué par des conflits armés depuis trois décennies, des milliers de victimes de violences sexuelles sont enregistrées ces dernières années, particulièrement dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. 

Parmi les survivantes enregistrées, notamment dans la province du Sud-Kivu en territoire de Kabare, nombreuses sont celles qui n’ont rien dit à leurs proches, du drame qu’elles ont subi.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

C’est par crainte de stigmatisation. Elles trouvent refuge dans le silence tout en continuant à souffrir mentalement et psychologiquement. En revanche, d’autres parviennent à trouver du réconfort.

Dans de nombreuses zones affectées par les conflits au Sud-Kivu notamment, plusieurs centaines de civils ayant survécu à des violences sexuelles, en particulier des femmes et des filles, ont un besoin urgent de soutien psychologique en raison de la stigmatisation qu’ils subissent après ces terribles expériences.

ETJ, Ecole Technique des Journalistes pour la formation des journalistes

À Nyatende et Mumosho, deux entités du territoire de Kabare où nous étions pour notre reportage, Mme Rosine, 27 ans et mère de 7 enfants, dont son mari est parti depuis décembre 2024 à la recherche de moyens de survie, fait un témoignage.

« J’étais violée par 6 hommes armés. Ils m’ont pris à la maison vers 21h du soir pour m’amener dans la brousse et y commettre leur forfait,» soulignant qu’après cet acte, elle se confiée à un médecin pour les premiers soins en vue de protéger sa santé et prévenir la grossesse.

Celle-ci ajoute qu’elle « ne peut pas le dire à son mari ni à ses amis de peur d’être chassée de son foyer et victime de la stigmatisation dans la communauté».

Sifa, âgée de 18 ans, victime également de la violence sexuelle après plusieurs tortures physiques par des hommes en tenue militaire, avoue que ces hommes ont ruiné sa vie. « Aujourd’hui, je ne sais pas si mon organe sexuel est en bon état, parce que malgré le traitement que j’ai subi de la part des médecins, je ressens envtdes douleurs au niveau de mon organe vaginal et au bas-ventre ».

Dans cette série de témoignages, une étudiante d’environ 20 ans, rencontrée dans la ville de Bukavu exprime son désarroi après avoir été victime d’une agression sexuelle de son retour à la faculté.

Pour cette victime, c’était vers 18h30 quand elle revenait chez elle à Muhumba, une voiture de vitre fumée s’est arrêtée devant elle et le monsieur au volant s’est arrêté devant elle et ensuite, il lui a demandé de monté dans la voiture.

« J’ai refusée et son ami a dit, tu choisis soit je tire une balle dans la tête ou tu montes. Ayant peur de mourir, suis montée étant dans la voiture. Un autre qui était assis derrière a commencé à me déshabiller…puis le deuxième est venu et aussi le chauffeur sans me laisser un temps de repos jusqu’à 22h. Le chauffeur m’a jeté à l’endroit où ils m’avaient prise ».

Ces quelques témoignages mettent en lumière la gravité de la violence sexuelle dans les zones en conflit armé.

Dans ces zones, bien souvent, les victimes redoutent de raconter le malheur vécu par crainte de la réaction et du regard des autres. Coincées dans l’isolement, ces survivantes ne savent ni quoi faire ni comment avancer dans leur vie. La stigmatisation déchire les familles, fragmente les communautés et aggrave le traumatisme de ces victimes.

La violence sexuelle n’est jamais la faute de la victime, mais la stigmatisation est presque aussi destructrice que l’acte lui-même. Les attitudes négatives à l’égard des victimes peuvent mener à des victimisations supplémentaires, avec de lourdes conséquences à long terme.

Cette situation exige un engagement passionnant des tous les acteurs, parties prenantes afin de mettre un terme à ce fléau qui détruit la vie des victimes.

 

Angèle KALULU

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.