Guerre à l’Est de la RDC : Dr Mukwege dénonce une « annexion de fait » du Kivu par le Rwanda

Le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, dénonce avec force les processus de Washington et de Doha qu’il accuse d’hypothéquer l’avenir de la République démocratique du Congo. Dans une longue déclaration signée ce 25 novembre, il critique des initiatives de paix selon lui conçues loin du peuple congolais, dans des capitales étrangères, sans transparence, sans inclusion et sans volonté réelle d’attaquer les causes profondes du conflit.

Ce médecin gynécologue Le appelle les Congolaises et les Congolais à « refuser d’être la variable d’ajustement des rivalités géopolitiques » et à reprendre en main leur destin.

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Dans sa déclaration rendue publique et  ce parvenue à notre rédaction ce weekend, Mukwege affirme que les protocoles d’accords, notamment celui de Doha, « sont illégitimes, précaires et incapables de garantir une paix durable ». Sur les huit protocoles qui composent l’accord, seuls deux ont été paraphés, tandis que sur le terrain, les rebelles de l’AFC/M23 poursuivent leurs offensives.

« Les processus de Washington et de Doha, principalement motivés par des intérêts économiques et financiers étrangers, s’inscrivent malheureusement dans cette continuité. L’accord-cadre de Doha est présenté comme une avancée, mais il n’offre ni mécanismes contraignants, ni calendrier précis, ni garantie de mise en œuvre, ni de dispositions pour enrayer la culture de l’impunité. Alors que seuls deux des huit protocoles ont été paraphés : le Mécanisme de libération des détenus et le Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, le M23 et l’AFC ont néanmoins poursuivi des opérations offensives et enfreint le cessez-le-feu, sapant la mise en œuvre du cadre de Doha, » déplore le Dr Mukwege.

Il note également que le Rwanda n’a pas retiré ses troupes des zones occupées, malgré ses dénégations. Dans ce contexte, Denis Mukwege estime que le peuple congolais est coincé entre le marteau et l’enclume.

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« Le M23 et l’AFC poursuivent l’extension de leur contrôle sur les Kivu et imposent un régime arbitraire fondé sur la peur et la violence, à l’instar du récent massacre de 22 personnes à Irhambi-Katana, en territoire de Kabare, commis dans la nuit du 23 au 24 novembre par les éléments des forces d’occupation illégitimes. Ce massacre s’inscrit dans une longue série d’exactions commises ces derniers mois dans les zones occupées,» note Mukwege.

D’un côté, explique-t-il, un gouvernement qu’il juge défaillant dans la défense de la souveraineté; de l’autre, un Rwanda qu’il qualifie de « stratège et criminel », cherchant à contrôler les ressources naturelles congolaises.

Denis Mukwege dénonce également l’ingérence croissante d’acteurs économiques étrangers attirés par les ressources minières, ce qui accentue la vulnérabilité du pays et alimente les « dynamiques de prédation », avant d’ajouter que la situation dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu s’apparente à une « annexion de fait ».

Pour lui, les accords de Washington et de Doha ne visent pas à restaurer la légalité, mais répondent à des intérêts géostratégiques étrangers.

« Ils ne changent rien, au sort de millions de Congolais déracinés, affamés et privés de leurs droits fondamentaux, » dit-il.

Pour rappel, dans une récente déclaration, Martin Fayulu, leader de la coalition Lamuka a demandé de son côté à Félix Tshisekedi de rendre public l’accord avant sa signature. Il a appelé à ne pas signer un accord « qui porterait atteinte à la souveraineté de la RDC ».

Juvénal MUTAKATO

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