L’ancien rebelle congolais, Roger Lumbala détenu depuis cinq ans dans la capitale française, a été condamné lundi 15 décembre par la Cour d’assises de Paris à 30 ans de réclusion pour les atrocités commises par ses soldats dans l’Est de la République démocratique entre 2002 et 2003.
En effet, un mois a été consacré à l’écoute des récits de crimes qui auraient été commis lors de l’offensive « Effacer le tableau » au nord de la RDC. Cette dernière avait été menée par le RCD-N, groupe rebelle de Roger Lumbala, contre une faction rivale.
Selon plusieurs médias, les personnes entendues ont rapporté des cas de viol, d’esclavage sexuel, de travail forcé de tortures, de mutilations, d’exécutions sommaires, de pillages systématique, de racket, ou encore de captation des ressources (diamants, coltan…).
Roger Lumbala est poursuivi donc au titre de la compétence universelle que s’octroie sous certaines conditions la France pour les crimes contre l’humanité.
Un procès sous le sceau de la compétence universelle
Ce procès constitue une première histoire : jamais auparavant, en vertu du principe de compétence universelle, un ressortissant congolais n’avait été jugé en France pour des crimes de droit international commis en RDC.
L’opération «Effacer le tableau » tristement célèbre, fut marquée par des massacres, des viols de masse, des tortures, des réductions en esclavage et des actes de cannibalisme forcé contre les populations civiles, notamment Mbuti et Nande.
Ces crimes sont prévus et réprimés par les articles 212-1 à 213-2 du Code pénal français, qui fondent la compétence des juridictions nationales pour juger les crimes les plus graves commis à l’étranger.
Rejet de l’ensemble des faits
Lumbala avait chargé Bemba, responsable des troupes du MLC, devant la justice française, rejetant en même temps l’ensemble des faits qui lui étaient reprochés.
Son attitude mêlant colère et défi, avait provoqué un froid dans la salle d’audience, instant sur le rôle du MLC de Jean-Pierre Bemba dans les atrocités commises à l’époque.
Selon lui, plusieurs exactions attribuées à ses propres troupes auraient en réalité été perpétrées par les unités du MLC opérant sous le commandement étrange, dans un contexte d’alliance mouvantes et de manipulations politiques. « Ceux qui aujourd’hui siègent au gouvernement, en costume et cravate, ont dû sang sur les mains. Qu’on n’inverse pas les rôles,» avait-il soutenu avec une froide assistante en citant Jean-Pierre Bemba par son nom, actuel ministre congolais des transports.
Un procès historique
Plusieurs organisations de défense des droits humains ont qualifié ce procès d’«historique». Il intervient peu après la signature à Washington de l’accord «pour la paix » entre le Rwanda et la RDC. Ce dernier doit encore prouver son efficacité, la région demeurant le théâtre d’affrontements entre le M23, groupe rebelle soutenu par le Rwanda selon plusieurs rapports, et l’armée congolaise appuyée par les forces burundaises. Dans la région, les affrontements dont le bilan est impossible à établir ont fait des millions de morts et de déplacés.
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