Entre désespoir et espoir, les acteurs sociaux du Sud-Kivu ont réagi au discours du président de la République, Félix Tshisekedi, sur l’état de la nation, prononcé ce lundi 8 décembre devant les deux chambres du parlement réunies en Congrès au palais du peuple à Kinshasa.
Au cours de ce rendez-vous constitutionnel, Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo a abordé plusieurs questions, notamment sécuritaires, politiques, économiques et diplomatiques.
Il a dressé le bilan des actions menées précédemment, traçant les perspectives d’avenir pour l’année prochaine, 2026.
Des réactions musclées
Réagissant à ce discours, Jean-Chrysostome Kijana, président national de la Nouvelle dynamique de la société civile (NDSCI) a exprimé sa déception, estimant que le président de la République est allé hors la réalité sur le terrain.
« Franchement notre sentiment est de déception totale, un sentiment de révolte. On s’est rendu compte que le chef de l’État est totalement déconnecté de la réalité sur le terrain, il est totalement en déphasage de la réalité et de la situation réelle du vaincu quotidien de la population congolaise,» s’est-il exprimé.
Kijana fait allusion à la situation actuelle à l’Est du pays qui selon lui, prend l’allure de balkanisation. Pour lui, l’inattention du chef de l’État à cette situation est « un manque de considération et de respect à la population» de cette partie du pays.
« Nous ne pouvons pas comprendre comment un président de la République face à un pays actuellement au bord de la balkanisation, où les deux grandes provinces de l’Est sont sous occupation, échappent à l’autorité de l’État, mais que le président de la République ne puisse pas montrer une attention soutenue, un respect digne envers ces populations de l’Est. Nous pensons qu’il manque de considération envers les populations de l’Est,» a estimé Jean-Chrysostome Kijana.
Il rappelle que le pays est attaqué depuis Bunagana (Nord-Kivu), mais le président de la République « se donne le luxe, le courage sans honte de vanter que nos Forces armées sont parvenues à contenir l’ennemi… » c’est-à-dire que « le président n’est pas au courant ou bien, il le fait sciemment expressément soit pour se moquer des populations de l’Est.»
Un autre acteur de la société civile du Sud-Kivu, Oswald Rubasha approché par notre rédaction, lui s’attaque à la gouvernance du président Félix Tshisekedi, estimant que son discours est en contradiction avec les actions sur le terrain.
Rubasha rappelle le chef de l’État qu’il a pris le pouvoir au moment où le pays était unifié, 8 ans après, l’armée continue à perdre le contrôle davantage du territoire national. Il évoque également la question de l’instabilité du taux de change avec la dépréciation du franc congolais vis-à-vis du dollar américain.
« Quand il a pris le pouvoir le pays était unifié, l’armée contrôlait l’ensemble du territoire national, 8 ans après l’armée continue à perdre le contrôle davantage. Donc il n’a pas été à la hauteur de la sécurisation du territoire national. Côté économique, tout le monde assiste à des flagrations de franc congolais vis-à-vis du dollar et le quotidien congolais c’est à coup du combattant,[…]» a-t-il aussi critiqué.
Il parle également du retard observé dans le payement des salaires des fonctionnaires de l’État.
À tous les défis auxquels le pays fait face, Oswald Rubasha exhorte le chef de l’État d’être à la hauteur afin de redorer confiance à la population qui perd déjà le souffle.
« Je l’exhorte, le chef de l’État lui-même mais aussi à travers ses conseillers, son gouvernement, d’être à la hauteur des défis qui posent problème au pays. Les défis sont énormes, la population perd confiance, le souffle, la guerre crée beaucoup de souffrance, les violations des droits humains, mais elle ne justifie pas tout malheureusement,» a-t-il insisté.
Soulignons que ce discours du président Félix Tshisekedi s’inscrit dans un cadre légal en RDC. Il intervient dans un contexte particulier marqué par la signature récente de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, destiné à mettre fin aux conflits armés dans l’Est du pays.
Gabriel ACIRUSHOKOLIRE


