Le coordonnateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa Yobeluo, affirme avoir accusé réception des messages transmis par Luanda. Dans une lettre signée le 9 janvier 2026, envoyée au président angolais João Lourenço, président en exercice de l’Union africaine, il réitère, selon ses propres termes, « l’engagement de son mouvement en faveur d’une solution pacifique à la crise persistante en République démocratique du Congo».
Dans ce document parvenu à notre rédaction ce lundi, l’AFC/M23 salue les efforts de médiation de l’Angola, tout en mettant un accent particulier sur le processus de négociations en cours à Doha, conduit sous l’égide du Qatar, avec l’implication active de l’Union africaine, à travers le médiateur togolais Faure Gnassingbé, ainsi que des États-Unis et d’autres partenaires internationaux.
Doha, un cadre que l’AFC/M23 juge structurant
Selon Corneille Nangaa, le processus de Doha a permis, depuis avril 2025, des avancées significatives, matérialisées par la signature de cinq instruments majeurs :
• un communiqué conjoint (24 avril 2025) ;
• une déclaration de principes (19 juillet 2025) ;
• un mécanisme de libération des détenus (10 septembre 2025) ;
• un mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu (14 octobre 2025);
• et enfin, un accord-cadre pour une paix globale (15 novembre 2025).
Des acquis que l’AFC/M23 qualifie de « structurants et irréversibles », appelant à leur préservation et à leur consolidation.
Des interrogations sur une possible initiative à Luanda
Cependant, la lettre exprime de sérieuses préoccupations quant à l’éventualité d’un nouveau dialogue à Luanda. Le coordonnateur de l’AFC/M23 sollicite des clarifications sur plusieurs points clés :
• s’agirait-il d’un nouveau processus, d’un cadre parallèle ou complémentaire à celui de Doha ?
• quel serait le statut du processus qatari dans cette nouvelle configuration ?
• le Qatar serait-il associé à une éventuelle initiative angolaise ?
Un risque de dispersion des efforts de paix
Corneille Nangaa dénonce ce qu’il décrit comme une « prolifération non coordonnée des forums de paix», citant successivement Nairobi, Luanda puis Doha, auxquels s’ajouterait un canal américain parallèle, initié selon lui par le président Félix Tshisekedi.
« De manière plus structurelle, le processus de négociation a souffert, dès ses prémices, d’une instabilité méthodologique et institutionnelle peu propice à la consolidation d’une trajectoire de paix. Engagées initialement à Nairobi, les discussions ont été transférées vers Luanda sans concertation formelle préalable avec la partie Kényane, alors même que le processus était en cours. De façon analogue, alors que les échanges se poursuivaient à Luanda, un nouveau déplacement du cadre de négociations vers Doha est intervenu sans information préalable ni coordination avec les autorités angolaises. Par ailleurs, parallèlement au processus de Doha, une demande distincte de médiation américaine a été formulée par le président Félix Tshisekedi, introduisant ainsi un canal supplémentaire qui n’a pas été formellement intégré au dispositif existant, » soutient-il.
Sans nommer directement Kinshasa, le coordonnateur de l’AFC/M23 laisse transparaître une critique sévère des tergiversations et manœuvres politiques qu’il attribue aux autorités congolaises. Il en appelle au président João Lourenço pour une clarification rapide et ferme, estimant que seule une cohérence des processus de paix permettra d’aboutir à une stabilité durable en République démocratique du Congo et dans la région des Grands lacs.
« Subsidiairement aux nombreuses tergiversations de Monsieur Félix Tshisekedi, nous craignons que l’idée de la création d’un nouveau cadre de négociations ne soit pour lui, qu’une énième tentative de manipulation de tous les acteurs, comme dans ses habitudes, chaque fois qu’un cadre ne lui convient plus,» écrit Corneille Nangaa dans une lettre adressée au président angolais, João Lourenço, en réponse à une invitation émise par ce dernier.
Juvénal MUTAKATO


