À Bukavu, l’Église élève la voix pour la paix face à l’urgence humanitaire

En ce dimanche de Pâques, 5 avril à Bukavu (Sud-Kivu) le message de résurrection a résonné avec une gravité particulière dans un contexte marqué par la guerre persistante à l’Est de la République démocratique du Congo. Devant une assemblée composée de fidèles et d’autorités politico-militaires, l’archevêque de Bukavu, Mgr François-Xavier Maroy, a prononcé une homélie au ton ferme, transformant la célébration liturgique en un appel pressant à la paix et à la responsabilité des dirigeants.

C’est à la paroisse Saint Jean-Paul II de Labotte que cette prise de parole s’est déroulée, en présence notamment du gouverneur Patrick Busubwangwi, représentant une administration évoluant sous l’influence de l’AFC/M23. Sans détour, l’archevêque a lancé un message direct aux autorités : « Dites à vos supérieurs de se mettre d’accord pour ramener la paix dans l’urgence : la population souffre ». Une interpellation qui traduit l’exaspération croissante d’une population prise en étau entre les promesses politiques et la dure réalité du terrain.

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Dans son homélie, Mgr Maroy a dénoncé l’inefficacité des multiples accords signés à l’international, notamment à Doha, à Washington et dans d’autres capitales, soulignant leur incapacité à améliorer concrètement les conditions de vie des citoyens. Pendant que les négociations se multiplient, a-t-il déploré, la population continue de s’enfoncer dans la précarité.

À Bukavu comme dans plusieurs zones du Sud-Kivu, les indicateurs d’une crise profonde sont visibles : « fermeture des banques, montée du chômage, aggravation de la pauvreté». 

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Pour le prélat catholique, le temps n’est plus aux déclarations ni aux engagements théoriques, mais à des actions immédiates et efficaces capables de restaurer la paix.

L’archevêque a ainsi exhorté les autorités de Kinshasa et celles liées à l’AFC/M23 à dépasser leurs divergences pour trouver un compromis rapide en faveur de la population. Selon lui, la priorité doit être donnée à la fin des hostilités et au rétablissement des conditions normales de vie. Mais son message ne s’est pas limité aux responsables politiques et militaires.

Il a également invité les fidèles à jouer leur rôle dans la construction de la paix, en rejetant le tribalisme, la haine et les divisions, et en cultivant l’amour du prochain comme fondement du vivre-ensemble.

Prenant la parole à son tour, le gouverneur Patrick Busubwangwi a salué les propos de l’archevêque, reconnaissant la pertinence de ses conseils dans un contexte aussi tendu.

Il a appelé les fidèles à prier pour les autorités et à promouvoir l’unité, tout en annonçant un geste de soutien à la paroisse avec l’octroi de 200 sacs de ciment pour la poursuite des travaux de construction de l’église.

À travers cette intervention, l’Église catholique réaffirme son rôle de conscience morale et de porte-voix des populations en souffrance.

Dans une région où les armes dictent trop souvent le quotidien, la parole de François-Xavier Maroy apparaît comme un rappel puissant que la paix demeure une urgence absolue, et qu’elle ne peut plus être différée sans conséquences dramatiques pour des millions de Congolais.

Pacifique Mulemangabo

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