À Bukavu (Sud-Kivu), dans l’Est de la République démocratique du Congo, des milliers de fidèles catholiques ont rendu hommage, ce jeudi 29 octobre 2026, à Monseigneur Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo, assassiné il y a trente ans. Une célébration eucharistique organisée à la cathédrale Notre-Dame de la Paix a marqué le trentième anniversaire de sa mort et le centenaire de sa naissance.
La messe, célébrée par l’archevêque métropolitain actuel de Bukavu, Mgr François-Xavier Maroy, accompagné de plusieurs prêtres, a connu la participation de milliers de fidèles, des autorités provinciales et urbaines sous l’administration du Front pour la refondation de la nation (FRN), ainsi que des représentants de différentes confessions religieuses.

À cette occasion, le prix Nobel de la paix 2018, le Dr Denis Mukwege, a de nouveau dénoncé l’impunité des crimes commis en RDC. Dans son message, Denis Mukwege a résumé les trois décennies écoulées par cette formule : « 30 ans de guerre, 30 ans d’impunité, 30 ans de trop ».
Le médecin rappelle que Mgr Munzihirwa avait averti la population des dangers qui menaçaient la région. Dernier leader debout à Bukavu au moment de l’entrée des troupes de l’AFDL, le 29 octobre 1996, l’archevêque avait encouragé les habitants à rester unis et à ne pas fuir face aux ennemis de la paix.
Il avait été abattu à Nyawera, en plein centre-ville de Bukavu, alors qu’il se trouvait dans son véhicule avec son chauffeur et son garde du corps. Son corps avait été retrouvé le lendemain sur les lieux du crime, aujourd’hui baptisés place Munzihirwa.
« Ce crime, perpétré par des militaires rwandais sur la place du marché Nyawera et resté impuni jusqu’à ce jour, visait avant tout à traumatiser le peuple pour mieux l’assujettir, » dénonce Denis Mukwege.
Le prix Nobel de la paix appelle ainsi les Congolais à poursuivre la lutte pour la justice, la dignité et la liberté, en mémoire de l’archevêque et des millions de compatriotes victimes des violences depuis 1996.
Défenseur du rapport Mapping des Nations unies, qui documente de graves violations des droits humains commises en RDC entre 1993 et 2003, Denis Mukwege plaide pour la fin de l’impunité et la restauration de la paix.
Le rapport, à sa page 141, revient sur les circonstances de la mort de Mgr Munzihirwa. Il indique que les combats pour la prise de Bukavu, les 29 et 30 octobre 1996, avaient coûté la vie à plus de 450 civils. Les éléments de l’AFDL/APR y sont notamment accusés d’avoir tiré sans discrimination sur des civils et des militaires, puis d’avoir tué plusieurs personnes à bout portant après le départ des FAZ.
Le document mentionne également l’assassinat de l’archevêque dans son véhicule, ainsi que des opérations de fouille systématique des maisons, accompagnées de tueries et de tortures à partir du 30 octobre.
Né en 1926, Christophe Munzihirwa Mwene Ngabo avait consacré sa vie au clergé catholique au sein de la Compagnie de Jésus, les Jésuites.
Ordonné prêtre le 17 août 1958, il avait exercé comme évêque de Kasongo, dans le Maniema, avant sa nomination à l’archevêché de Bukavu, le 14 mars 1995.
Trente ans après son assassinat, Denis Mukwege appelle à poursuivre le combat pour la justice, tandis que l’Église, les fidèles et les autorités provinciales et urbaines se sont réunis à Bukavu pour honorer sa mémoire.
Juvénal MUTAKATO


