La rentrée scolaire prochaine ne se prépare pas de la même manière pour toutes les familles du territoire d’Idjwi (Sud-Kivu). Dans les communautés autochtones de Rubenga et Ntambuka, plusieurs centaines d’enfants risquent de rester loin des salles de classe cette année, faute de moyens financiers.
Selon les statistiques, dans la chefferie de Rubenga, plus de 350 enfants du primaire et plus de 120 jeunes du secondaire seraient concernés. À Ntambuka, plus de 230 écoliers du primaire et plus de 150 élèves du secondaire pourraient également ne pas reprendre le chemin de l’école.
Pour ces familles, la pauvreté reste le principal obstacle. Les dépenses liées aux fournitures scolaires, à la tenue et aux autres besoins de la scolarité représentent une charge difficile à supporter pour des parents dont les ressources sont limitées.
Cette situation intervient alors que la RDC affirme avoir fait de l’accès à l’enseignement primaire gratuit une priorité. Mais dans plusieurs familles autochtones d’Idjwi, cette gratuité ne suffit pas à garantir une scolarisation effective des enfants.
La question préoccupe notamment les défenseurs des droits des peuples autochtones. Ladislas Witanene estime que l’absence d’éducation risque de compromettre durablement l’avenir de cette communauté.
« L’avenir d’une communauté réside d’abord dans son éducation. Sans instruction, aucun enfant autochtone du territoire d’Idjwi ne pourra accéder à un emploi décent, occuper un poste d’autorité, ni contribuer à l’émergence de son territoire ou de la nation congolaise, » explique-t-il.
Entre droits reconnus et réalité du terrain
La RDC dispose pourtant d’un cadre juridique spécifique en faveur des peuples autochtones. La loi n°22/030 du 15 juillet 2022 portant protection et promotion des droits des peuples autochtones consacre notamment plusieurs droits fondamentaux de ces communautés.
Mais à Idjwi, l’accès effectif à certains services essentiels reste difficile. Dans le secteur de l’éducation, les difficultés économiques des ménages s’ajoutent à la faiblesse des mécanismes d’accompagnement.
Le désengagement progressif de certains partenaires humanitaires inquiète également les familles qui comptaient sur différents appuis pour maintenir leurs enfants à l’école.
Pour Ladislas Witanene, cette situation ne devrait pas être considérée comme une fatalité.
« Aujourd’hui, s’asseoir sur un banc d’école est devenu un luxe inaccessible, hypothéquant l’avenir de toute une génération, » alerte-t-il.
Au-delà de la rentrée scolaire, le problème pose donc la question de l’égalité des chances pour les enfants issus des peuples autochtones. Sans accès régulier à l’éducation, ces jeunes restent davantage exposés à l’exclusion sociale et aux difficultés d’insertion professionnelle.
Des actions attendues avant la rentrée
À l’approche de la rentrée 2026-2027, les défenseurs des droits des peuples autochtones appellent à une mobilisation des autorités et des partenaires.
Le gouvernement congolais est invité à garantir un accès effectif et sans discrimination à l’éducation, mais également à renforcer les possibilités de formation professionnelle pour les jeunes.
Les organisations nationales et internationales sont, elles, appelées à intégrer les besoins scolaires de ces communautés dans leurs programmes, notamment à travers l’appui aux infrastructures éducatives et la prise en charge des enfants issus des familles les plus vulnérables.
La distribution de kits et de fournitures scolaires figure également parmi les mesures souhaitées afin de réduire la pression financière qui pèse sur les ménages.
Pour les jeunes ayant dépassé l’âge légal de scolarisation, des programmes d’apprentissage des métiers et de rattrapage scolaire sont proposés comme alternatives.
L’objectif est désormais de faire en sorte que la pauvreté des familles à Idjwi ne détermine pas l’avenir des enfants. Pour les défenseurs de leurs droits, l’accès à l’éducation doit rester un droit garanti à tous, y compris aux enfants des peuples autochtones.
Elvine CIZA


