À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, le Prix Nobel de la paix 2018, a publié, ce 30 juin, une lettre ouverte de plusieurs pages adressée au président . Dans ce document, le médecin congolais livre une analyse très critique de la gouvernance du chef de l’État depuis son accession au pouvoir en 2019, estimant que le pays traverse « une crise existentielle » et appelant à un changement de cap.
Dès l’entame de sa lettre, Denis Mukwege affirme qu’il n’y a « rien à célébrer » en ce jour de fête nationale.
Selon lui, la RDC fait face à une aggravation de la crise sécuritaire, humanitaire et institutionnelle, tandis que les populations de l’Est continuent de subir les conséquences des conflits armés.
Le prix Nobel de la paix rappelle avoir accordé au président Tshisekedi le bénéfice du doute au début de son mandat. Il explique avoir soutenu plusieurs initiatives de dialogue tout en plaidant, dès 2020, pour que la justice transitionnelle et la lutte contre l’impunité deviennent des priorités nationales.
Il regrette toutefois que ses recommandations, notamment la création d’un tribunal pénal spécial pour les crimes commis en RDC, soient restées sans suite.
Dans sa lettre consultée par notre rédaction, Denis Mukwege critique également la gestion de l’état de siège instauré en 2021 dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.
Il estime que cette mesure exceptionnelle n’a pas permis «d’améliorer la sécurité des populations et considère que les choix opérés dans la conduite des opérations militaires ont contribué à la détérioration» de la situation.
Le médecin s’attarde aussi sur la politique diplomatique menée par Kinshasa, évoquant notamment les processus régionaux de Nairobi, Luanda et Doha, ainsi que les accords conclus avec certains partenaires étrangers. Selon lui, ces initiatives n’ont pas permis de restaurer durablement la paix ni de garantir pleinement la souveraineté de la RDC.
Denis Mukwege met également en garde contre toute « initiative de révision de la Constitution» dans le contexte actuel. Il estime qu’un référendum serait inopportun alors que plusieurs millions de Congolais sont affectés par les conflits et que certaines régions du pays restent confrontées à des urgences sanitaires et sécuritaires.
En conclusion, le Prix Nobel de la paix appelle le président Félix Tshisekedi à privilégier la restauration de la paix, la protection des civils, la réforme du secteur de la sécurité, la consolidation de l’État de droit et la lutte contre l’impunité.
Il affirme qu’« il n’est jamais trop tard pour prendre les bonnes décisions » afin de préserver la souveraineté nationale et de sortir la RDC de la crise.
Juvénal MUTAKATO


