Malgré la guerre et l’insécurité persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo, les femmes continuent de porter la vie, l’économie familiale et l’espoir de toute une région. Selon notre constat de ce dimanche 8 mars 2026, dans la ville de Bukavu (Sud-Kivu), la Journée a été célébrée dans un contexte et sens particuliers.
Ici, les femmes ne se contentent pas de réclamer leurs droits : « elles luttent chaque jour pour survivre, protéger leurs enfants et maintenir debout des communautés fragilisées par les conflits armés ».
Dès l’aube, elles prennent la route des marchés, transportant des paniers de légumes, de poissons ou de fruits pour nourrir leurs familles: « Nous avons peur, mais nous n’avons pas le choix. Les enfants doivent manger et aller à l’école, » confie une vendeuse rencontrée dans l’un des marchés de la ville, la voix mêlée de fatigue et de détermination.
Dans les artères animées de Kadutu et sur les collines qui dominent le lac Kivu, les reporters ont également rencontré des femmes commerçantes, des mères de famille et des responsables d’associations locales.
Beaucoup racontent les difficultés quotidiennes : « la hausse du coût de la vie, les déplacements forcés liés à l’insécurité dans les territoires voisins, mais aussi la douleur des violences qui continuent de toucher les femmes dans la région ». Certaines portent encore les cicatrices visibles ou invisibles de ces violences.
Malgré cela, elles refusent de se définir uniquement comme des victimes: « Nous souffrons beaucoup, mais nous restons fortes pour nos enfants. Si les mamans abandonnent, tout s’écroule, » explique une mère rencontrée dans la commune de Kadutu.
Partout, un même constat se dégage : « les femmes du Kivu sont devenues de véritables sentinelles de l’espoir». Elles transforment la « poussière des routes en commerce, le silence en plaidoyer et l’incertitude en un repas chaud pour leurs familles» . Dans les marchés à Bukavu, leur présence est indispensable à la survie économique locale.
Certaines traversent même des zones dangereuses pour s’approvisionner en produits agricoles ou maintenir leurs petits commerces. Là où les institutions et les systèmes peinent parfois à répondre aux urgences sociales, leur solidarité prend souvent le relais.
Des groupes d’épargne communautaires, des petites associations féminines et des initiatives locales permettent à de nombreuses familles de tenir malgré les crises.
Plusieurs femmes interrogées expliquent ainsi participer à des Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC) ou à de petits projets communautaires afin de soutenir l’éducation de leurs enfants et aider les voisines les plus vulnérables.
Pour les observateurs locaux, cette capacité de résilience est aujourd’hui l’un des piliers de la stabilité sociale dans les villes de l’Est du pays.
Cependant, derrière cette force se cache une fatigue profonde. Beaucoup de femmes reconnaissent être épuisées de porter presque seules le poids de leurs familles dans un contexte marqué par la guerre, les déplacements et l’insécurité économique. Malgré tout, elles continuent d’avancer, refusant de céder au découragement.
Dans un contexte où la guerre menace encore l’avenir de l’Est de la RDC, ces femmes apparaissent plus que jamais comme les véritables héroïnes silencieuses de leur temps, celles sur qui repose déjà une grande partie du Congo de demain.
Pacifique Mulemangabo


