Sud-Kivu: L’ignorance des droits des victimes favorise les violences sexuelles et l’impunité des violeurs

Sud-Kivu: L’ignorance des droits des victimes favorise les violences sexuelles et l’impunité des violeurs

L’ignorance de la loi sur les violences sexuelles en matière de procédure judiciaire constitue un frein aux survivantes d’accéder à la justice à Shabunda. Certains auteurs des violences sexuelles dans ce coin de la province du Sud-Kivu, restent impunis suite au silence.

“Des survivantes qui préfèrent se taire que de dénoncer leurs violeurs de suite l’ignorance de la loi. Certaines survivantes sont d’emblée réduites au silence suite aux coutumes rétrogrades”, dénonce Joseph Mpenseni, président de la société civile noyau territorial de Shabunda.

C’est le cas de madame Christine alors qu’elle n’avait que 16 ans , elle a été violée par un homme de son village il y a six ans,. Le fait s’est passé pendant qu’elle revenait du champ. Par peur des regards des membres de sa communauté au cas où elle dénonçait, elle a décidé de garder le silence.

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” J’avais peur mais aussi j’avais honte de raconter que j’avais été victime d’un viol. Et comme je n’avais pas informé ma famille le même jour. Je pensais que ma famille était affectée par cette triste nouvelle. Je savais aussi que la procédure judiciaire devait faire intervenir beaucoup de gens et ne ferait que répandre la nouvelle de mon viol dans le village”, a-t-elle témoigné.

” Ma plus grande peur était surtout que tout le monde soit au courant du viol dont j’avais été victime. C’était vraiment pénible et dure pour moi de le supporter mais j’ai dû avaler mon chagrin puisqu’il n’y avait pas un autre moyen”, poursuit madame Christine survivante de violence sexuelle.

Pour une meilleure sensibilisation Douce Namwezi, responsable de Uwezo Afrika initiative, une organisation de défense des droits des femmes, pense qu’il y a encore un grand travail à faire pour améliorer l’information et l’éducation sur les violences sexuelles.

“Plusieurs survivantes ignorent les différentes formes de ces violences qu’elles subissent et les droits qui leurs sont garantis. Cela . amplifie les actes de violences et les auteurs de ces actes n’ayant été dénoncés devant la justice restent impunis”, affirme-t-elle Entre août et septembre 2020, son organisation a enregistré 40 cas de viols mais dont les auteurs n’ont jamais été inquiétés.

” La grande responsabilité revient aux autorités à tous les niveaux. En l’occurrence des autorités politiques, judiciaires et policières. On doit ensemble sensibiliser ces femmes pour qu’elles sachent leurs droits et comment les revendiquer”, estime Namwezi.

De son côté, Maître Zozo Sakali, avocat au barreau de Bukavu, invite les survivantes à dénoncer, même si plusieurs années se sont passées depuis leur viol. “. Les victimes des violences doivent dénoncer leurs bourreaux pour que ces derniers répondent de leurs actes devant la loi”, insiste-t-il.

Pour mieux y arriver, il pense que l’Etat congolais devait s’impliquer dans la vulgarisation de la loi sur les violences sexuelles. “ Il faut par exemple la traduire dans toutes les 4 langues nationales. Cela va aider nombreuses femmes à sortir de l’ignorance et savoir dénoncer les cas”, indique-t-il.

En réaction, la cheffe de division du Genre, Famille et Enfant, Madame Jacqueline Ngengele a fait savoir que son service ne ménage aucun effort pour accompagner des victimes des violences sexuelles. Elle promet de renforcer la sensibilisation et le plaidoyer pour que soit mis fin à l’ignorance par les victimes de leurs droits.

” Il est vrai que l’ignorance des droits pour les survivantes des violences sexuelles et basées sur la genre favorise l’accroissement des cas et encourage l’impunité des auteurs dans notre pays et au Sud-Kivu en particulier. Nous avons des cas, mais pour mettre fin à ces genres de pratiques, nous demandons aux victimes de toujours collaborer avec nos services en dénonçant leurs violeurs”, indique Jacqueline Ngengele.

” Nous, en tant que service technique de l’Etat, nous allons multiplier des sensibilisations de la population et ainsi élargir la vulgarisation des textes juridiques relatifs aux violences sexuelles et celles basées sur le genre. Cela pour permettre à toutes les couches de la population et particulièrement des femmes à connaître leurs droits et la bonne façon de les revendiquer. À travers ça, on arrivera aussi et surtout à barrer la route à l’impunité dans notre pays”, conclut-t-elle.

Martial Alpher Kalala

Cet article a été produit en collaboration avec Journalistes pour les droits humains, JDH/JHR avec l’appui d’Affaires mondiales Canada.

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La Rédaction JamboRDC

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