Sud-Kivu : Quand le silence de l’Etat encourage le proxénétisme sur des filles mineures

Sud-Kivu : Quand le silence de l’Etat encourage le proxénétisme sur des filles mineures

Dans la ville de Bukavu, en province du Sud-Kivu, des maisons de tolérances continuent à exploiter sexuellement des filles mineures pour s’attirer des clients sous l’œil impuissant des autorités. Malgré les alertes, des dénonciations par des acteurs sociaux, il s’observe un grand silence du côté des autorités politico-judiciaires. Un silence pris comme signe de protection des proxénètes au détriment de ces filles mineures exploitées dans ces maisons de tolérance.

C’est le cas de certaines filles mineures rencontrées dans ces maisons de tolérance à Bukavu. Innocentes, elles disent que c’est un bon travail. Elles témoignent qu’elles ne sont pas payées par les gérants mais elles se contentent du peu qu’elles gagnent quand elles couchent avec des clients qui fréquentent ces endroits.

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« Il y a deux ans que j’ai commencé à travailler. J’ai été engagé par le boss lui-même. Il ne m’a jamais payé. Il m’a juste mis en contact avec les anciennes pour m’habituer. Aujourd’hui je suis déjà connue par les clients. Je ne peux pas finir une journée sans gagner au moins 5000 francs congolais (environ 2,5 $ US) auprès des hommes qui me demandent de coucher avec eux », indique Divine âgée de 15 ans.

De son côté, Rachel qui a 14 ans, trouve que c’est un bon travail qui ne demande pas beaucoup d’effort pour gagner de l’argent car elle est payée avant même de passer à l’acte sexuel avec son client.

Pour Furaha, âgée de 17 ans fait savoir que c’est un bon travail et n’a pas peur d’être arrêtée par la police car même des agents de l’ordre courent derrière elle et certains de ces agents sont propriétaires de ces maisons de tolérances.

« Personne ne peut m’arrêter. Ils mes connaissent déjà. Même les policiers, les militaires viennent nous solliciter. Ces sont eux d’ailleurs qui payent bien que les civiles. Ils ne marchandent pas avec nous… », a souligné cette jeune fille.

« J’ai commencé dans le confinement. Maman est déjà morte et mon papa c’est un militaire et travaille à Beni (…) C’est ici ou je gagne de l’argent au lieu de passer demander de l’aide dans les quartiers… », indique Vanessa de 13 ans, qui n’a que deux mois dans ce travaille suite à l’arrêt des cours dû à la Covid-19.

Contacté un gérant de l’une de ces maisons de tolérance qui a requis l’anonymat, fait savoir que c’est souvent les patrons qui recrutent ces filles mineures parce qu’elles sont moins exigeantes et attirent beaucoup des clients.

« Nous répondons aux demandes de nos boss. Ces petites filles ne demandent pas beaucoup d’argent. Avec ou sans salaire, elles aiment le travail et elles nous attirent beaucoup de clients. Aujourd’hui les clients fréquentent aussi là où il y a des petites filles pour la même cause… », renseigne-t-il.

Solange Lwashiga, défenseuse de droits humain et secrétaire exécutive au sein de l’organisation Caucus des femmes pour la paix au Sud-Kivu, regrette de voir que le proxénétisme bat records à Bukavu pourtant décrier plusieurs fois par la société civile et d’autres organisations et aussi condamné par la nouvelle loi sur les violences sexuelles.

« Ça fait mal de voir que ça se passe aux yeux des autorités compétentes. Et pourtant la nouvelle loi sur les violences sexuelles condamne l’exploitation sexuelle des filles mineures dans des maisons de tolérance. Je pense que c’est parce qu’il y a pas des mesures dissuasives. Si la police pouvait mener des enquêtes et mettre la main sur les proxénètes, les amener à répondre de leurs actes auprès de la justice, fermer ces maisons de tolérances, tout cela peut prendre fin. Malheureusement rien n’est fait et pourtant elle est informée… », regrette Lwashiga.

Pour sa part, maitre Aline Biruru, avocate près la cours de Bukavu, appelle l’autorité compétente à dire les droits car le proxénétisme et l’esclavage sexuel sont punissables par la loi de 5 à 20 ans de servitude pénale sur son article 182 et 183.

« C’est regrettable de voir que ces maisons de tolérances continuent à fonctionner dans toute quiétude tout en pratiquant l’esclavage sexuelles des filles mineures pourtant punissable par la loi. Ces proxénètes doivent être punis sévèrement car c’est un crime grave contre l’humanité. Nous appelons la police à faire des descentes dans ces maisons et arrêter les proxénètes pour mettre fin à cette pratique », propose Maitre Aline.

A ce sujet, Major Marcel Cibangu, commandant de la police de protection de l’enfant et prévention de violences sexuelles, fait savoir que la police nationale congolaise est au courant de cette pratique qui ne peut plaire à personne et fait tout de son mieux pour mettre fin au proxénétisme. Il appelle la population à aider la police a bien faire son travail en dénonçant les proxénètes car elle ne peut pas être partout au même moment.

«La police ne croise le bras. Il n y a pas longtemps que nous avons arrêté cinq personnes dans le même dossier. Nous sommes en train de voir dans quelle mesure demander au procureur de la république de nous donner un mandat de perquisition qui sera permanent pour que nous, dans notre travaille de routine nous puissions passer de temps en temps quand nous sommes informées qu’il y a des proxénètes quelque part et qu’on puisse arriver et arrêter tout ceux qui sont concernés et impliquer dans ce dossier », souligne Marcel.

Pour faire face à cette situation, certains observateurs pensent que l’état congolais devrait jouer pleinement son rôle en fermant ces maisons de tolérances, ceci pour barrer la route à l’impunité des violences sexuelles en province.

Rachel Rugarabura

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La Rédaction JamboRDC

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