RDC : L’atteinte à la liberté d’expression sur les réseaux sociaux entame la démocratie

RDC : L’atteinte à la liberté d’expression sur les réseaux sociaux entame la démocratie

L’avènement des réseaux sociaux a facilité la communication en République démocratique du Congo. Plusieurs activistes utilisent cet outil pour la promotion de la démocratie, les droits humains et la bonne gouvernance. Mais les acteurs se retrouvent souvent sous surveillance des acteurs publics et services de sécurité. Une pratique qui nuit à la démocratie.

Début mars 2020, Papy Okito Teme, journaliste  et éditeur du journal «Echo d’opinion » est arrêté à Goma, dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la RD Congo. Il lui est reproché  d’avoir publié sur son statut Facebook un post qui incrimine l’épouse d’un député dans une affaire de détournement d’argent.  Après une audition expéditive, il va passer trois jours dans la prison de Munzenze.

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Quelques mois plus tôt, aout 2019, c’est le journaliste Aristote Kandadhu  qui a été arrêté à Bunia dans la province de l’Ituri. La justice l’accusait d’avoir contredit, sur son compte facebook, le nombre officiel des miliciens qui venaient de faire réédition.

En République démocratique du Congo, les cas d’agression, de menaces ou d’emprisonnement des personnes pour leurs opinions sur les réseaux sociaux restent courant. Journalistes, acteurs de la société civile, influenceurs et autres leaders d’opinion ne sont pas épargnés.

Dans un contexte de crise politique depuis près de 10 ans et une crise de légitimité des gouvernants, la tentative d’étouffer davantage des voix discordantes ne cesse de croitre.

Depuis une dizaine d’année, les réseaux sociaux ont fait leur entrée dans l’espace de communication en République démocratique du Congo. Le pouvoir de ces réseaux est d’avoir libéré la parole des millions d’habitants longtemps étouffée par un régime répressif et autoritaire. Ce qui constitue un grand risque pour la promotion de la démocratie dans le pays. Facebook, WattsApp, Twitter, entre autre sont les  réseaux les plus utilisés. 

Des services de sécurité au service de la répression

En janvier 2019, la République démocratique du Congo a connu sa première alternance au pouvoir avec la passation de pouvoir entre Joseph Kabila, président sortant, et Felix Tshisekedi, actuel président de la République. Ce passage pacifique de pouvoir a suscité un espoir au sein de la population congolaise pour l’avènement d’un Etat de droit.

Pendant des mois, de nombreuses manifestations pacifiques, souvent réprimées dans le sang, ont été observés sur l’ensemble du territoire contre un troisième mandat de Joseph Kabila, soupçonné de vouloir se pérenniser au pouvoir.

Pendant cette période, les réseaux ont joué un grand rôle pour la mobilisation des marcheurs. « Cela nous a servi de coordination de nos actions. On s’en servait aussi accentuer la pression sur les dirigeants », explique Judith Maroy, membre du mouvement social LUCHA (Lutte pour le changement) en première ligne dans les revendications pacifiques de l’alternace.

L’influence majeure de ces nouvelles technologies d’information a donc été une arme redoutée par le gouvernement et les services de sécurité.

Ainsi, les services de sécurité ont renforcé leur présence sur les réseaux sociaux. Accroissant la surveillance des journalistes et autres acteurs clés. « Nous avons été instruit de nous infiltrer dans des groupes watsapp et d’être actif sur facebook et d’autres réseaux sociaux », nous a indiqué un inspecteur du service national de l’intelligence, l’Agence nationale de renseignement, ANR, qui a préféré garder l’anonymat.

« Personnellement j’ai intégré une centaine de groupes sur les réseaux sociaux. Tantôt je me fais passer pour un journaliste, un activiste de la société civile ou d’un groupe de pression. Ainsi c’est facile de savoir où doit se faire telle action, qui sont les meneurs, où et comment les arrêter », ajoute l’agent de renseignement. Il affirme qu’ils sont des milliers à travers le pays à infiltrer et espionner les acteurs sociaux à travers les réseaux sociaux pour contrer leurs actions ou les réprimer le cas échéant.

Entre 2016 et 2019, des centaines de personnes ont été tuées, des milliers de personnes arrêtées, d’autres harcelées à travers le pays et des centaines de manifestations réprimées violemment.

Le gouvernement hostile aux réseaux sociaux

Le gouvernement de la République démocratique du Congo se montre hostile face aux réseaux sociaux les accusant de propager des « fakenews ». Les autorités ne cessent dont de montrer leur intention de contrôler l’accès de la population aux réseaux sociaux. Mais grâce à l’accès aux Smartphones et à la connexion internet à travers les données mobiles des sociétés de télécommunication, et sans une technologie avancée, la situation leur échappe encore.

« Il y a la nécessité pour l’Etat (,…), de légiférer et réguler l’utilisation des réseaux sociaux afin de préserver le public contre les cyber-crimes », a insisté Lambert Mende, alors ministre de la communication, lors de sa visite au siège de Facebook aux Etats Unis en juin 2018. 

 En soi, la RDC représente un marché de plus de soixante millions de consommateurs potentiels des réseaux sociaux comme Facebook, selon les chiffres officiels du ministère de la communication.

Sans moyens technologiques conséquents pour contrôler l’ensemble d’utilisateurs des réseaux sociaux, le gouvernement recourt parfois au moyen le plus radical : la coupure pure et simple de l’internet.

« En 2018, la connexion internet a été coupée le 24 décembre, juste au lendemain de la date des élections présidentielles », rappelle Judith Maroy, membre de la Lucha. « Les autorités voulaient par-là bloquer l’accès totale de la population aux réseaux sociaux et couper toute forme de communication », ajoute-t-elle.

Selon le porte-parole du gouvernement, le but de cette coupure était de limiter la propagation des fausses nouvelles en attendant la proclamation définitive du gagnant de la présidentielle. « Mais en réalité, le gouvernement ne voulait que rien ne filtre, surtout les tendances de la présidentielle », souligne Judith Maroy. Le « shut down » numérique qui va durer une vingtaine de jours ira même au-delà de la proclamation des résultats qui avaient donné un président dont les résultats ont été contestés par tous les acteurs.

Espionner les activistes, une atteinte à la démocratie

Les méthodes d’entrave au droit à la communication des citoyens, surtout celles liées à l’accès aux réseaux sociaux ont été dénoncées par le bureau de la Mission des nations unies pour la stabilisation de la RDC (MONUSCO). Plusieurs ONG des droits de l’homme ont aussi tiré la sonnette d’alarme face à cette violation.

Pendant ce temps, les activistes continuent à se sentir en insécurité pour leurs publications sur les réseaux sociaux.

Ainsi, l’activiste Heri Kalemaza a été arrêté à Bukavu, au Sud-Kivu, ce mois d’avril 2020 par le gouverneur de province. Celui-ci a publié plusieurs messages sur son statut Facebook et relayé dans des groupes Watsapp pour dénoncer la mauvaise gestion des fonds de la province.

« Les journalistes et activistes ont peur mais ne peuvent pas arreter », reconnait Moustapha Mulonda, , président de l’Union nationale de la presse du Congo, UNPC à Beni, au Nord-Kivu à l’Est de la République démocratique du Congo .

Le fait d’espionner les activistes et de les sévir pour leurs opinions sur les réseaux sociaux constitue une menace à la démocratie et une atteinte aux libertés individuelles. C’est l’avis partagé par plusieurs activistes de droit de l’homme en République démocratique du Congo. C’est le cas de Me Arnold Nyaluma, professeur en droit dans des universités.

« L’espionnage des acteurs sur les réseaux sociaux est une atteinte aux droits de l’homme, aux libertés individuelles et à la démocratie », constate Arnauld Nyaluma.

En effet, l’article 23 de la loi du 3 mai 2016 qui organise le fonctionnement des services publics de l’Etat en République démocratique du Congo garantie de manière explicite ce droit.  «  Selon cette disposition, les services publics ne peuvent recueillir les informations qui concernent sans leur consentement. Et ces informations ce n’est pas seulement le courrier papier, c’est aussi l’adresse watsapp, facebook et d’autres réseaux sociaux » indique-t-il.

« Lorsqu’un agent de l’Etat va entrer sur la page de quelqu’un ou va demander qu’on puisse lui transférer des messages échangés (…), c’est une inclusion grave dans la vie privée des gens et c’est un danger terrible par rapport à l’Etat de droit », conclue le professeur Nyaluma.

Même si la RDC ne dispose pas actuellement d’une législation spécifique sur la communication numérique, des activistes arrêtés pour leurs opinions sur les réseaux sont poursuivis sur base du code pénal congolais. Ils peuvent être inculpés de nombreux crimes allant de la diffamation à la haute trahison, punie de peine capitale.

Prince Murhula

This research on digital surveillance was supported by the Media Policy & Democracy Project (MPDP), jointly run by the University of Johannesburg and Unisa.

 

 

 

 

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