Elections-RDC « L’utilisation de la machine à voter devra être approuvée par les principales parties prenantes », dixit Bienvenu Karhakubwa


La question de la fiabilité et de l’utilisation de la machine à voter aux scrutins du 23 décembre prochain préoccupe plus d’un acteur politique que de la société civile dans la province du Sud-Kivu. A l’issue d’une l’étude qu’il a dirigée sur le processus électoral en province, de décembre 2017 à mars courant, le chercheur Bienvenu Karhakubwa, propose à la CENI d’abandonner la machine à voter ou, en deuxième scénario, soumettre l’outil à l’approbation des parties prenantes au processus.

« La Ceni devra abandonner le projet d’usage de la machine à voter pour les scrutins de cette année 2018, comme premier scénario. Ou alors, travailler de manière à acquérir l’adhésion de différentes parties prenantes au processus pour que tous s’impliquent dans une forte compagne de sensibilisation sur le bien-fondé de l’utilisation de cet outil », estime Karhakubwa, président du Centre africain de paix et de gouvernance, CAPG.

La démarche consisterait à amener les différentes parties prenantes au processus électoral à l’approuver, se l’approprier et dégager à convaincre la population de son utilisation, pour un processus électoral libre, crédible et apaisé, comme  deuxième scénario en ce qui concerne l’utilisation de la machine à voter.

« De toutes les façons, l’utilisation de cette machine à voter devra être approuvée par les principales parties prenantes aux élections,  bien accueillie par la population et clairement réglementée par la loi, pour un processus électoral libre, crédible et apaisé », souligne-t-il.

Ces perspectives relèvent d’une étude menée en marge des ateliers de sensibilisation pour un processus électoral libre, crédible et apaisé tenus par le CAPG en collaboration avec les différentes structures faîtières de la société civile,  avec l’accompagnement de la MONUSCO Affaires civiles.

De l’approche méthodologique et résultats des enquêtes

A l’en croire, l’étude a recouru à une approche méthodologique trilogique: (1) enquête de sondage par questionnaire  pour des résultats quantitatifs, (2)  focus group  et (3) des entretiens individuels pour des résultats qualitatifs.

Les résultats quantitatifs en ce qui concerne la machine à voter révèle que  69% de la population croient que la machine à voter n’est pas un outil nécessaire pour l’organisation des élections  qui soient libres, crédibles et apaisées,  en cette année 2018.

En termes de résultats quantitatifs,  cette étude note que le refus de la machine à voter pour les scrutins de cette année 2018 s’expliquent par les raisons suivantes :

« cette machine à voter ne devra pas être utilisé cette année car:

– objet de polémique, mésentente et désaccord entre parties prenantes 

– c’est un outil improvisé,  tombé brusquement en plein processus, 

– c’est un outil qui ne correspond pas au contexte actuel du pays caractérisé  par  la méfiance, l’analphabétisme,  déficit de courant électrique,  etc.

– peut favoriser facilement la fraude électorale étant donné que c’est comme un ordinateur avec un logiciel manipulable à volonté 

– risque énorme de faire usage d’une technologie nouvelle et inconnue pour le pays en voulant le tester pendant des élections cruciales

– la population n’a pas assez de connaissance de cet outil  (ignorance)

– son utilisation par défis sans consentement des parties prenantes augure la contestation violente des résultats 

– c’est plutôt du bon business pour certains / intérêts économiques 

– menace le secret de vote étant donné que le vote est libre et secret », affirme-t-il.

Aux amateurs de l’utilisation de la machine à voter, le chercheur Karhakubwa demande de travailler sur les raisons avancées par les personnes ressources pour pouvoir la faire consommer à la population congolaise.

A noter que cette étude a connu la participation des acteurs de la société civile  du BCSC, de la NDSCI, de la NSCC mais aussi des mouvements citoyens dont LUCHA,  FILIMBI, AMKA CONGO, REVEIL DES INDIGNES, TELEMA, IL EST TEMPS RDC  ainsi que des assistants de liaison communautaire de la MONUSCO.

Jean-Marie Mulume

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